Hommages

Hommage à Abuu Bakri Kaaliidu Bah, L’un de mes maîtres à pensée

L’un des mes pères spirituels, Abuu  Bakri Kaaliidu Bah a quitté ce monde d’injustice. Il a rejoint son ami et compagnon,  Tafsiiru jiggo. La conscience noire mauritanienne, organisée s’était  reposée sur les épaules de ces deux hommes arabisants et un francisant, certainement l’un des derniers, je veux nommer Baal Fadeel. Donc, la première génération de la conscience noire est en train de disparaitre petit à petit. Il y’a certainement d’autres que je n’ai pas eu la chance de connaître.

 

Si la maison  Abuu Bakri Kaaliidu est comme une école, elle est aussi un lieu des  R D V inte, des ouvriers, des chômeurs, des malades qui, attendaient d’être soignés. C’est aussi un lieu de rencontres des intellectuels, des politiques e des hommes de culture.

Je fréquentais rarement sa maison, mais chaque fois que j’y étais, je voyais de nouveaux visages. Je voyais tellement des gens différents, que je n’ai jamais su, qui y’était visiteur et qui y’était  habitant.

Chez lui, il se confondait avec les visiteurs et l’on ne pouvait pas l’identifier comme chef de famille tellement il était modeste et il causait comme un berger ou un cultivateur au milieu des siens.

Mes rapports avec ce grand maître, il fut mon maitre bénévole de la langue arabe à Boggee durant les années soixante dix. Les années auxquelles, il est revenu de l’Egypte.

Ce qui m’a impressionné chez l’homme, c’est d’abord sa simplicité, son accessibilité, sa lucidité, sa modestie. L’homme connaissait bien l’histoire mondiale et particulièrement celle du Fuutaa. Cette partie d’Abuu, je l’ai découvert en 1979 à l’école Falah, quand je préparais mon bac, en candidature libre.

 

Dans ces cours trois personnes m’ont séduisent, comme enseignants. Lui, pour l’histoire Mohamed El Basiiru Baal, pour  le Nahwu et le Sarfu, Tafsiiru Jiggo pour les mathématiques, les physiques et la chimie.

Tous les trois maitrisaient aussi parfaitement bien la langue arabe, le coran et la Charia.

Malheureusement qu’ils étaient noirs, mauritaniens et Fulve, donc, on ne valorise pas leurs compétences. Cette génération des arabophones a séjourné dans le monde Arabe avant que ceux qui réclament aujourd’hui l’arabité de mon pays ne soient reconnus comme tels. Ils y sont allés quand on s’y rendait à pieds. Ils étaient des premiers diplômés en langue Arabe.

Les recherches d’Abuu bakri kaalmiidu sur la vie de Cheikh Oumar Taal a fait que la Ligue arabe lui propose de rejoindre les chercheurs arabes. Il leur a dit tout simplement que, si lui, il consacre ses recherches à la cause arabe, qui le fera pour la cause des Fulve ?

 

A son avis, c’est pour cette réponse que l’Iraq qui, avait promis de lui payer son billet pour aller à Bagdad pour la correction de son livre, que nous avons cité, a renoncé au paiement de son billet et de son hébergement.

C’est aussi pour cette raison que son point de vue n’a pas été respecté sur la couverture ou ils ont fait figure l’image de la femme noire qui, portait son enfant sur le dos, alors qu’il prévoyait la photo de Sayku Umar Taal. Il m’a confié ces secrets dans son bureau à la maison des cultures. Ce jour-là, j’ai rendu visite à Teen Yuusuf Gey et à saydu Kan, ses voisins des bureaux.

 

Il a quand même fini par me dire, malgré tout ça, je remercie l’Iraq. Même, si je ne suis pas content de la forme, je suis satisfait du content du contenu. !

En janvier 1980, j’ai quitté la Mauritanie pour la Lybie pour des études agronomiques. Abuu Bakri Kaaliidu me conseilla de lui envoyer des coupures de journaux, parlant de la Mauritanie. Je lui envoie un courrier d’une dizaine d’articles. Le courrier a été intercepté par
La Sûreté Nationale.

A l’époque, les moyens de communications n’étaient pas comme aujourd’hui. Il a été convoqué à la Sureté nationale; il a refusé d’y aller avant de me toucher et de connaitre le contenu de l’enveloppe. C’est six mois, après que j’ai appris ces nouvelles par l’intermédiaire du camarade Aamel Yaal qui, étudiait en Arabie. En 1983, quand je suis revenu pendant les vacances, je lui ai demandé comment il a réglé le problème, il m’a dit qu’ils ont pu régler ça, sans problème.

 

En juin 1983, de retour de la Lybie, où j’ai rencontré pour la première fois Ibraahiima Abuu Sal, Ibraahiima Saar et notre ex-camarade Amar Bah, le seul que je connaissais avant. Ils étaient à Tripoli pour le festival panafricain de 1983.

Cette rencontre m’a donné le sentiment de l’existence d’une organisation noire, mais ces camarades ne m’ont pas informé réellement, même, si j’avais eu à travaillé avec Amar dans le cadre des M E E N.
Je note au passage que je leur ai servi de guide et de traducteur à Tripoli.
De retour à Nouakchott, Jibi Hammee Lih me met en contact avec le feu Muusaa kebe, qui m’a mis au bain et m’a fait connaître Cernel, Ngayde Mustafaa et d’autres camarades ; avec qui j’ai travaillé sur le document qui,  nationalisait des terres du Waalo.

 

Deux jours après, je voyais mon maitre à pensée Abuubakri Kaaliidu dans son bureau. Très content de me voir, il saute sur l’occasion pour me parler de la création des FLAM et il me donna des documents, qu’il devait rendre dans deux jours après, des documents hyper confidentiels, sur les FLAM.

Moi, de ma part, je les ai confiés à mes amis Sariif et Demmba.

Mon maitre ne savait pas où, j’habitais, il a presque fait tout Nouakchott pour me chercher.

Le deuxième jour à minuit, il me trouve chez mon oncle. «Qu’est ce que tu fais, ils sont ou les documents? Ca ne se fait pas ! Ramène les moi rapidement ! » Le lendemain à 11h00, on arriva chez ces deux amis, on récupéra le premier programme des FLAM.

Je dis honnêtement qu’il m’aimait beaucoup et avait  une grande confiance, je dirais même, confiance aveuglée.

La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était en septembre 1983, chez lui à Nouakchott. J’étais avec Ibraahiima Abuu Sal, pour chercher quelqu’un, qui pouvait nous aider à traduire le projet des FLAM de l’époque, pour que je puisse l’amener avec moi, en Lybie.
Ibraahiima avait oublié qu’Abuu ne lisait pas le Français, donc, il ne pouvait pas nous aider.

 

Nous sommes allés chez Bari qui, lui n’avait pas de temps.
Ibraahiima, Muusaa kebe et moi, avons atterri chez Ibraahiima Saar. Il ne me restait que deux jours à partir. Finalement, j’ai pu faire avec lui que quelques pages, simplement.

Ces pages traduites en Pulaar, nous sont servi de base pour créer la première section des FLAM, en Lybie. Je dois aussi rendre hommage à Ngayde Mustafaa qui, à l’époque, faisait ses études en Tunisie. C’est lui qui me transmettait des informations venant de la Mauritanie, parce que moi, je ne lisais pas le Français à cette époque.

 

La dernière fois quand j’ai parlé à Abuu Bakri Kaaliidu réellement, c’est quelques temps après la création de la section Europe des FLAM . Il était à Dakar. Les camarades me l’ont passé au téléphone. Il hausse la voix et dit, Cheiykhou Oumarou, Bah, Bah.

Il parle en Pulaar « Golle mon peewii, kominikee mon o, vamtii maanawiyya men ».

Il parlait du communiqué qui, a annoncé la création de la Section européenne des F L AM.

Chaque fois qu’il me voyait, il  soulevait sa main, le mettait au tour de mon coup et criait à même temps chaykhou Oumarou.

 

Les rencontres avec lui, étaient toujours occasions pour m’informer sur des choses très sensibles. Il est arrivé une fois que lui et moi restions discuter dans son bureau, alors que l’heure de déjeuner était passée. Il regarde sa montre ; il était 2h30. A l’époque la pause était midi. Heureusement qu’il habitait à côté de la maison des cultures.

 

Que veut la Mauritanie ?
Une question qui, s’impose !!!

 

Je ne sais pas parce que la Mauritanie, elle-même, ne sait pas ce qu’elle veut!!!

Elle ne sait pas, parce que cette première génération des cadres arabophones et arabophiles, ont été entre ceux qui ont étaient exterminés, comme JiggoTafsiiru.Ceux qui, ont étaient radiés et abandonné, comme Abuu Bakri Kaaliidu. Ceux qui ont été marginalisés, comme yero Dogel et d’autres qui sont purement et simplement clochardisés.

Ces arabophiles, devaient être pour la langue Arabe, ce que Senghor était pour la langue Française !!!

Mais on a préféré les éliminer par différents moyens, parce qu’ils sont noirs et refusent l’injustice. Quel dommage pour l’humanité entière!!!

Leur amour pour l’Arabe et pour l’Islam et la langue de Mohamed, les a amenés à étudier des vingtaines d’années dans le monde Arabe, par leurs propres moyens. Leur défaut  c’est de vouloir séparer l’arabité et l’Etat, en Mauritanie.

Ils étaient tous fièrs de leur africanité.

Contrairement à d’autres « fulve Arabe », des marionnettes qui pour avoir des postes ministériels ont changé leur arbe généalogique, pour devenir arabe et être accepté par le système.

 

Nos ainés ne sont pas comme ceux-là ; Abuu Bakri kaaliidu, tafsiiru Jiggo, Yero Dongel  et les autres nous ont légué la fierté, l’honnêteté et le sens de l’Etat, quelque soit la situation, nous suivons leur pas.

 

J’ai fais une tourné aux Etats-Unis en 2005 et fait huit Etats de ce grand continent.  Dans ce voyage j’ai rencontré beaucoup de mauritaniens arabisants, noirs. Parmi eux des philosophes, des psychicologues, des ingénieurs, des professeurs, des juristes et des poètes en langue arabe.
Il y’a même parmi eux des spécialistes de la médecine. Tous exilés, dans chaque Etat il y’en a des dizaines. Le cas est le même en France, en Allemagne, en Hollande, en Belgique, en Espagne et ailleurs.

Tout ce monde, négro-mauritanien  est banni, à cause de sa couleur de peau. Alors que les gouvernants mauritaniens cherchent des enseignants Tunisiens, marocains, syriens et autres.

 

Heureusement pour nous que l’occident existe, c’est grâce à lui que nous nous sommes protégés pour pouvoir continuer notre combat. C’est grâce à ces pays catholiques que les musulmans mauritaniens sont. Donc, l’unité de l’Islam la solidarité musulmane ne sont que partielles.

 

Enfin, on ne vend pas l’Islam à un Pullo fuutanke, parce que nous avons embrassé cette religion avant  l’arabité de la Mauritanie qui date de 1973.
Sachez que Cheikh Oumar Taal, le fuutanke a été honoré de diriger des prières à la Kaaba !

Savez-vous que le fuutanke, Alfaa Haasimiyyu fut le mouftii de Madina, il fut aussi l’imam ratib à la mosquée de prophète, Mohamed, s a w s, dans cette ville de Madina.

 

On ne peut pas avoir cette histoire et haïr l’Islam!
On ne peut pas avoir cette culture est être opprimé par l’arabité, sans réagir.

 

Chers compatriotes, le moment est venu pour discuter  sur la séparation de l’arabité et de l’Islam, en Mauritanie.
Autrement dit l’Etat doit être séparé et de l’arabité et de l’Islam. Parce qu’il est un patrimoine commun. Il doit abriter tous ses fils ; arabes et non arabes.

Ce que nous a enseigné Abuu Bakri Kaaliidu, ce qu’il était musulman et arabophile, mais pas arabe.

Inna Akrama kum indallaahi, atqaa kum. S ADAQA AL ILAAHU.
Dieu n’a pas dit Inna akrama kun inda Allaahi Aaraba kum.

 

Ce qui est sûr c’est que Abuu Bakri n’est pas venu au monde pour rien. Il a bien et bien terminé sa mission. Il mérite une rue en son nom, un centre culture pour son hommage. Ils t’ont enterré, mon maitre, mais ils n’enterreront jamais tes idées et tes œuvres.

Yoo Alla yurme yaafomaa, juuze moxxe njaafomaa.
Paix à ton âme.

 

Dans les semaines à venir, nous vous parlerons de sa vie plus largement.

 

Cheikh Oumar Ba, Section Europe de l’Ouest, Paris

Tène Youssouf Gueye, le martyr de la plume

On dit souvent que Socrate est le premier martyr de la pensée. Quoi qu’il en soit, depuis le maitre de la maïeutique, nous savons que les savants et les tyrans ne font pas bon ménage. Socrate a bu la cigüe parce qu’il ne croyait aux dieux multiples, les livres d’Ibn Ruchd ont connu l’autodafé, il finit par l’exil.

Autant d’exemples illustratifs des siècles et des siècles avant Tène Youssouf Gueye, cet écrivain francophone et diplomate Mauritanien, arrêté, embastillé à la sinistre prison de Oualata par le régime affreux et raciste Maouya Ould Taya.

 

Youssouf Gueye, l’auteur de « LES EXILES DE GOUMEL » n’a pas survécu en prison. C’est avec beaucoup de consternation que les hommes épris de liberté ont appris sa disparition tragique, c’était en 1988. Né à Dimbé Joro (Kaédi), Ten Youssouf Gueye est un fin lettré francophone. Je l’ai découvert personnellement à bas âge lorsque j’ai lu avec un regard étonné son fameux « A L’OREE DU SAHEL», j’étais au CEM Ababacar Sy de Tivaouane(Sénégal). Depuis lors je n’ai pas voulu relire l’ouvrage rien que pour garder les fortes impressions quoique «enfantines » de cet ouvrage aux passages délicieusement fantasmagoriques.

J’ai gardé de ce livre un auteur «travaillé » par les effluves de la nature. Les éléments constitués par la terre et le fleuve qui reste un motif puissant pour ce natif de Kaédi, l’air, brulé et même consumé par une nature hostile et même les esprits qui dans un tourbillon de création alchimique font du sahélien un homme résistant ; un résistant comme Ten Youssouf l’a été. Ce qui lui a couté la vie, une vie riche et pleine. Ten Youssouf n’a pas vécu inutilement !

  En tant qu’écrivain Ten Youssouf n’est certainement pas une « mémoire de la fracture ». La célébration de cette figure contribuerait certainement à la reconnaissance des crimes, à l’unité et à la réconciliation des mauritaniens toutes races confondues.

Khalifa TOURE

Source: asterixsn.blogspot.fr


Lieutenant BA Abdoul KHOUDOUSS

Après de brillantes études au lycée national, sanctionnées par le baccalauréat série C, Bâ Abdoul Khoudouss entreprit au Canada des études d’ingénieur des ponts et chaussées. De retour au pays, il travaille à la SNADER (Société Nationale de Développement Rural). Pour le jeune et brillant ingénieur, soucieux de mettre ses compétences au service de son pays, une brillante carrière semblait toute tracée. Mais très vite il déchanta. L’incurie et le laxisme, auxquels l’injustice était venue s’ajouter, le révoltèrent. Il démissionne.

Chaleureux et jovial, Bâ Abdoul Khoudouss savait, quand il le fallait, prendre et honorer ses engagements. Et quand il s’assignait un objectif, pour le réaliser, il s’investissait entièrement. Rien ne pouvait l’en détourner. La persévérance et la pugnacité étaient chez lui des qualités majeures.

Dans la chambre de «la bande des quatre[2]» (commissaire Ly, Diop Djibril, Ly Moussa et Sarr Abdoulaye) où l’avait mis le «flingueur), Bâ Abdoul Khoudouss ne restera que quelque temps, avant de nous rejoindre dans la salle. Sous l’effet du béribéri, il avait pris beaucoup de poids. De corpulence moyenne, il faisait alors deux fois son poids normal. Il s’était fait une grande barbe. Quelques jours avant de nous rejoindre dans notre salle, on pouvait très souvent le voir, assis à l’entrée de la chambre de la «bande des quatre», lire un livre coranique.

Sa mort interviendra moins d’une semaine après son retour dans notre salle. Elle fut soudaine. Son alitement, consécutif à un malaise anodin en apparence, n’excéda pas quarante-huit heures. Il souffrait tant, que nous demandâmes aux geôliers, eu égard à son état de santé, de lui retirer ses chaînes aux pieds, pour le soulager de leur poids et encombrement. Malgré notre insistance et l’état du malade qui s’empirait, les geôliers refusèrent de satisfaire notre demande.

Le 13 septembre 1988 vers 19 heures, nous l’installâmes dans la cour du fort. Il parlait difficilement. Il se mit à hoqueter. Demanda à boire. L’eau lui fut apportée. Il en but quelques gorgées et vomit. Sa respiration devint plus difficile… Ses yeux se refermèrent et sa tête s’affaissa sur l’une de ses épaules. Il expira. Nous l’accompagnâmes jusqu’à sa dernière demeure. Il repose dans une tombe à côté de celle de Bâ Alassane Oumar.

Boye Alassane Harouna.
12 septembre 2006.

REF:
[1] J’ÉTAIS À OULATA- LE RACISME d’État EN MAURITANIE – L’Harmattan, 1999. Page 137 à 138.
[2] Expression utilisée en Chine populaire pour désigner les quatre personnalités de l’État et du parti communiste chinois qui furent arrêtées pour complot après la mort de Mao. Sans connotation péjorative aucune, Bâ Mamadou Sidi et moi l’employions dans nos conversations pour désigner nos quatre compagnons très tôt séparés des autres détenus et mis dans une chambre à part.


Capitaine Adboulaye LOME, Marine nationale

 

Capitaine Adboulaye LOME, Marine nationale arrêté le 21 novembre 1990il meurt à Inal le 26 novembre 1990 de suite de tortures.

 

Le vingt-six novembre 1990, le capitaine Lôme refuse de manger à midi, il est étrangement calme depuis ce matin. Ses plaie…s se sont infectées, il souffre beaucoup mais en silence. Nous insistons pour qu’il mange, il n’a pas faim, dit-il. Il est couché sur le côté gauche et nous tourne le dos. Nous lui laissons un peu de pâte de riz pour le cas où il en aurait envie plus tard. Quand nous finissons de manger, il demande de l’eau. Je l’aide à s’asseoir et lui donne à boire à l’aide d’une gamelle en lui soutenant la tête un moment. Puis je repose doucement sa tête mais constate qu’il ne bouge pas, son regard est fixe. Je demande au capitaine médecin de voir ce qui se passe. Il doit être entre 13 et 14 heures. Pas une seule fois on a entendu le capitaine Lôme se plaindre depuis son arrivée dans la cellule. Son visage est détendu et serein, même dans la mort, il conserve une expression d’une grande dignité.

Carrière militaire Le lieutenant de vaisseau (capitaine) Lôme

 

Abdoulaye est né en 1945 à Cas-Cas.

Il s’est engagé dans la marine en 1962.

– 1966, commandant à bord du « Imragen ».

– 1968, commandant à bord du « Slougui ».

– 1975, commandant à bord du « Dare El Barka »

-1976, commandant de la base marine de Dakhla (Sahara occidental). – 1978,

commandant à bord du « Idini ».

– 1979, commandant à bord du « Boulanouar ».

– 1982, commandant à bord du « 10 Juillet ».

– 1983, directeur du centre d’instruction navale de Nouadhibou

. – 1984,directeur de la base navale de Nouakchott.

– 1986, commandant de la base navale de Nouadhibou.

Puis conseiller au directeur de la marine nationale.

– 1987,il est muté au port autonome de Nouakchott.

Septembre 89,  il est commandant à bord du patrouilleur « Nmadi » jusqu’à son arrestation le 19 novembre 1990 et meurt le 26, soit sept jours plus tard.


Lieutenant Dahirou Anne

« L’enseigne du vaisseau de première classe (lieutenant) Anne Dahirou est né en 1964 à Bélinabé (Kaédi) dans le sud de la Mauritanie.
Il s’était engagé dans la marine en 1981.
Il fait sa formation d’officier en Libye et sort major de sa promotion. En 1984, il est affecté à la base marine de Nouadhibou. En 1985, il est troisième officier à bord du bateau du « Dar El Barka ». À partir de juin 1989, il est officier en second du centre d’instruction de la marine de Nouadhibou. Il était officier de permanence le jour de son arrestation, le 19 novembre1990, il est donc le premier responsable marin à être arrêté.Dahirou ANNE est assassine dans la nuit du 23 au 24 novembre 1990 à Inal après avoir été torturé et attaché au véhicule du commandant de la base. « Pas un de vous ne restera dans l’armée… » lui répétait le capitaine Sidina


 Le Professeur Oumar BA

 

 

Oumar Bâ né le 9 mars 1917 à M’Bagne en Mauritanie et mort le 12/02/1998 à Nouakchott) exerce comme professeur, chercheur et conseiller technique à l’Institut des langues nationales de Mauritanie.

Titulaire en 1934 du diplôme d’aptitude pédagogique, il enseigne successivement à Tambacounda puis à Diouloulou (Sénégal) avant de se faire admettre en 1936, par voie de concours, dans le corps des agents des Postes et télécommunications.

 

Il enseigne à Dakar (Sénégal), puis occupe le poste de directeur d’école à Onakam. Il s’oriente ensuite vers le journalisme et rejoint le service de l’information du gouvernement général du Sénégal, entre 1948 et 1951. Il reçoit en 1956 le diplôme de sciences sociales et le brevet des hautes études administratives sur l’Afrique et l’Asie modernes en 1964. Au moment de la Loi-cadre de 1957, il fréquente l’École nationale de la France d’outre-mer et l’Institut des sciences politiques. En 1972, il est titulaire du doctorat de l’Université de Paris-Sorbonne avec la mention bien, et en 1990, du diplôme de l’Institut de langue arabe de l’Université Ibn Saoud (Arabie).

 

Entre 1962 et 1963, il dirige la Radiodiffusion de Mauritanie puis devient délégué permanent de Mauritanie auprès de l’Unesco l’année suivante. Directeur du centre IFAN-Mauritanie entre 1965 et 1966, il est ensuite chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire à l’Université de Dakar, au Sénégal, pendant la décennie suivante. Parallèlement, il est chercheur au Centre de linguistique appliquée de Dakar et membre du Comité directeur de la Radiodiffusion du Sénégal entre 1967 et 1976. Il est ensuite nommé chef du département de linguistique à l’Institut mauritanien de recherche scientifique, puis doyen des chercheurs chargés d’étudier la France entre 1983 et 1984.

 

Outre ses distinctions françaises, il est chevalier de l’Ordre du mérite mauritanien et commandeur de l’Ordre du Lion (Sénégal).

Oumar Bâ devient membre associé de l’Académie des sciences d’outre-mer le 05/11/1982.

 

Source: academieoutremer.fr


Ibrahima Khassum BA: Portait d’un combattant de la liberté.

 

Ibrahima khassum Ba est né en juillet 1945 à Bababe où il fit ses études primaires de 1951 à 1960. Il fut envoyé au collège de Kaedi en 1960 où il obtint son brevet d’études du 1er cycle en 1965.

Après sa formation à l’école nationale des instituteurs de Nouakchott, il enseigna dans le primaire jusqu’en  1970. Il fit une formation à l’école nationale d’administration d’où il sortit avec le grade de contrôleur des  douanes, métier qu’il exerça jusqu’à son arrestation en septembre 1986.

 

Ses compagnons et tous ceux qui l’ont connu ont été frappés par la discrétion et l’effacement du personnage. Une nature  qui, on le sait bien constitue  une réelle force et un moyen de combat efficace qui sera d’une grande utilité pour notre mouvement. Derrière cette nature discrète et effacée  se cachait un grand observateur mais aussi une grande détermination et une grande conviction qui est restée immuable jusqu’à sa disparition.

 

Ibrahima Khassum BA, Samba THIAM ex président des FLAM, Fara BA et son épouse Siti  HAIDARA, Paaté BA, Ibrahima Abou Sall et  son épouse Hapsa Bannor sont les principaux membres fondateurs  du  MPAM (mouvement populaire africain de Mauritanie) mouvement qu’ils ont créé le 29 mai 1980  qui jouera avec le  mouvement des étudiants et élèves noirs ( MEEN ), l’Union démocratique mauritanienne (U.D.M), et l’’Organisation pour la défense des intérêts des Négro-africains de Mauritanie (O.D.I.N.A.M.),  un rôle essentiel dans la création des FLAM en mars 1983.

 

Appelé le gendarme par ses camarades de lutte, car d’après leurs témoignages, à chaque fois qu’il était décidé de mener des actions (rédaction et distribution des tracts, graffitis, missions clandestines à l’intérieur du pays), il fallait compter sur ce militant qui  ne tolérait jamais le laxisme  et qui  par la présence physique pouvait résoudre toutes sortes de difficultés rencontrées (rédaction collecte d’informations problèmes matériels)  et remobiliser des militants.  Comme nos frères et camarades auteurs du « manifeste du negro africain opprimé », Ibrahima Khasum fut  arrêté  à Rosso en septembre 1986, après la diffusion du document auquel  il a activement pris part.

 

En prison à Nouakchott, à Waalata et à Aoun, Ibrahima Khassum est resté le même : un homme discret et effacé qui n’a rien perdu  de sa grande détermination, de sa grande conviction qui sont  restées immuables jusqu’à la fin brutale de sa vie. Notre camarade feu Ibrahima Kaasum BAH nous a quittés le 21 septembre 2006.

 

A feu Ibrahima Khassum BA
A tous les Martyrs de notre lutte de libération nationale
Nous disons la lutte continue toujours.


Tafsirou DJIGO: Portrait d’un combattant.

« Je crois à l’Islam, au Pulaar et aux Flam »

 

Au nom des membres de notre comité de base; nommé Tafsiiru Jiggo d’Elancourt, je fait ce témoignage sur celui à qui on a donné le nom de notre comité de base.
Chers compatriotes :
La conscience noire doit beaucoup à ces quatre personnes:
Tafsiiru Jiggo, dont nous commémorons la mort
Fadel Baal
Abuubakry Kaaliidu Bah et
Ibraahiima Abuu Sal

Il y a certainement d’autres personnes que je ne connais pas. Mais ces quatre combattants, je les considère comme le socle de cette conscience noire en Mauritanie.
Aujoud´hui, je veux parler d´Elimaan Puri ( Tafsiiru Jiggo); ce grand homme, de taille et de par ses actes. Celui qui a consacré tout son temps à la connaissance et à l’organisation du peuple noir mauritanien, face à l’injustice.

Tafsiiru fait partie des premières personnes au monde, à écrire le Pulaar, le premier à être le président de Kawtal JanngooBe Pulaar e LeyDeele AarabeeBe.
Parallelement à son militantisme, qui a donné la naissance aux Flam; bien sûr avec d’autres camarades. Tafsiiru était un enseignant ambulant; parce que souvent, on l’interpellait dans la rue et lui posait des questions, et il s´ arrêtait toujours pour y repondre.

Il était aussi un enseignant polyvalant, car il enseignait chez lui des élèves et des étudiants, dès son retour de travail; il enseignait le Pulaar, l’Arabe, l’Anglais, les mathématiques, la physique, la chimie. Il connaissait bien le Coran et sûrtout l’histoire du Fuuta Tooro. Cet ingénieur agronome, petit fils de Sayku Umar Tal a vécu combattant et il est mort combattant. Quelques heures avant sa mort dans la prison de Walata, il a dit ceci a Ibraahiima Abuu Sal, je le cite : « Je crois à l’Islam, au Pulaar et aux Flam »

Tafsiiru était toujours bien habillé et bien entouré; entouré généralement par des pauvres personnes.
Quand il était ministre, Taya lui a proposé de mettre à sa disposition des sentinelles, parce qu’il y avait toujours beaucoup de visiteurs chez lui; il lui a dit : « Je n´ en ai pas besoin. Ceux qui viennent chez moi, ne viennent pas voir le ministre, mais Tafsiiru Jiggo tout court ».

Chez Tafsiiru, on rencontrait des grands cadres internationaux, des petits et des grands fonctionnaires locaux. On y rencontrait des bergers, des cultivateurs, des mecaniciens, des « jannankooBe » et mêmes des vendeurs des cure-dents.

Perdre ce grand homme dans des circonstances pareilles, ne peut que nous rendre, nous les membres de son comité de base tristes et à la fois révoltés. Je dis à cette occasion, lâche est celui qui ne lutte pas contre cette ségrégation raciale, où la vie d’un noir est réduite à néant. Prions pour nos camarades tués au nom de l’arabité et de l’Arabe en Mauritanie.

Tafsiiru, min njejjitaani golle maDa, imin ndeenanmaa ngesa maaDa.
Yoo Alla yurme, yaafomaa, juuDe moxxe njaaBBomaa.

La lutte continue!

E innde penngal Jiggo Tafsiiru to Elancourt, Farayse.
Sayku Umar Bah

 


Portrait: Alassane Omar BA, Par la famille du martyr

 

Le Maréchal de Logis chef de la Gendarmerie Ba Alassane Oumar assassiné le 26 aout 1988 à Walata
 

Alassane Oumar BAH naquit le 20 janvier 1949 à Niamey au Niger, pays qu’il quitta depuis sa tendre enfance. Son père, Oumar Abdoulaye BAH décédé le 15 septembre 1981, est originaire de Cidee, un village situé à 5 km à l’est de Boggee, dans le pays des HalayBe. Après sa retraite en 1958 avec le grade d’adjudant de la gendarmerie et médaillé militaire et décoré de la Légion d’honneur, il s’installa à Boggee. Sa mère, Fatimata Adama DIA est décédée le 17 août 2004 à Boggee. Elle était issue d’une nombreuse famille d’une vingtaine de frères et soeurs.Alassane Oumar BAH entra à l’école primaire en 1956 à Demet où il vivait avec son grand-père.

 

Puis il allait terminer ses études primaires à Saarandoogu BaabaaBe où il obtint son certificat d’études primaires et réussit à ses examens d’entrèe en 6ème en juin 1965. Ce qui lui permit d’entrer en octobre de la même année au collège de Boggee.

Il finit par abandonner ses études secondaires en 5ème pour faire sa carrière dans la Gendarmerie nationale, encouragé par son vaillant père. Il fit sa formation à l’Ecole de la Gendarmerie de Rosso. Sa première affectation fut à Tidjikja. Ce qui lui permit de parcourir la région administrative du Tagant où il apprit à parler couramment le Hassâniya. Deux années plus tard, il fut affecté à la Brigade de Gendarmerie de Selibaabi dans le Gidimaxa où sa compétence fut très appréciée par ses supérieurs. Sa générosité, son humanisme lui attirèrent la grande estime de la population de Selibaabi qui n’oublie pas et garde toujours de bons souvenirs de ce Kalajjo (ressortissant du pays des HalayBe). Après Selibaabi, il fut affecté successivement à KayhayDi, à Timmbadara où il sera adjoint au commandant de brigade, à Ayoun el Atrouss et à Neema.

Alassane Oumar BAH fut orienté dans la branche du secrétariat et passa avec succès tous les examens professionnels : 1er, 2è degré….., Maréchal des logis chef.En 1977, il fut affecté alors à la Compagnie de Gendarmerie de KayhayDi comme chef secrétaire. A l’époque, aucun message chiffré n’avait de secret pour ce brillant Maréchal des logis chef. En 1978, il eut l’occasion de faire une formation au Maroc. A son retour il monta au grade d’adjudant. Il est affecté alors au Secrétariat du Comité militaire de salut national (C.M.S.N.) puis un peu plus tard au S.E.R.A.D.

En 1985, Alassane Oumar BAH eut une nouvelle occasion d’effectuer une seconde formation à l’étranger, cette fois en France. Avec son nouveau grade d’Adjudant chef de la gendarmerie, il resta au Service administratif et de la comptabilité jusqu’à son arrestation en octobre 1987. Condamné en prison à perpétuité lors du fameux procés du mensonge organisé par le régime du colonel Maouya Ould Sid’Ahmed Taya et son allié, le colonel Ely Ould Mohamed Vall, il fut transféré le 9 décembre 1987 à Oualata, après les exécutions capitales de ses camarades, les lieutenants Saydou SIH, Seydi BAH et Amadou SARR 3 jours auparavant.

A la prison mortuaire de Oualata, Alassane Oumar Abdoulaye BAH, Alassane Fatimata Adama BAH sera marqué physiquement, mais avec beaucoup de dignité, jusqu’à son décés survenu le jeudi 26 août 1988, par les séquelles des tortures que lui avaient fait subir ses geôliers beydanes.

Alassane Oumar Abdoulaye BAH, Alassane Fatimata Adama BAH était marié et père de sept enfants. Toute sa famille vit aujourd’hui, avec dignement le sacrifice de leur père et la lutte continue.

La famille du feu Ba Alassane Oumar.

 

 

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