La nuit du 28 novembre 1990, Un rescapé du camp de la mort d’Inal raconte

 

 

 

 

 

 

Ce fut une nuit longue, terrible et cauchemardesque. Il s’agit-là des mots d’un rescapé. J’insiste pour qu’il me dise plus détails, mais il refuse en me confiant ces mots : « On ne peut pas se rappeler d’un cauchemar… car ça fait toujours peur de voir un homme mourir sous tes yeux. Voir un homme pendu comme un mouton aux yeux exorbitants est une malédiction ».

Absolument, une malédiction gratuite s’était battue sur les 28 officiers noirs ce soir-là. Telle la pendaison de deux frères Diallo Oumar Demba et son frère Diallo Ibrahima qui portaient des numéros successifs écrits par le moyen d’un feutre. Triste mort que celle d’assister placidement à la mort de son frère aîné. Les bourreaux tuaient avec précision, d’ailleurs, ils ne se limitaient pas seulement-là, ils trainaient les pendus et s’asseyaient sur leur cadavre. Ce passage du livre l’Enfer d’Inal est illustrant de cette tragédie humaine : « Entre deux pendaisons, Khattra s’assoit sur un cadavre pour siroter son verre de thé ou au pied d’un pendu en récitant des versets de Coran. Il va d’un pendu à l’autre, achevant ceux qui tardent à mourir à coup de barre de fer, s’appliquant à porter les coups dans la région du coup » (page 121)

Mais en réalité, le nombre des décès a excédé le nombre de 28 officiers . Et cela pour deux raisons qu’ont été rapportées par deux rescapés d’Inal. Sy Mohamadou rapporte qu’à la fin des pendaisons des 28 officiers en guise de célébration de la fête nationale, cinq autres militaires ont succombé à la torture dans leur cellule. Revenons aux écrits du doyen Sy : « Les pendaisons durent plus d’une heure. Après cela, tel des bêtes excitées par l’odeur du sang, le groupe de bourreaux, pris d’une euphorie collective, s’acharne sur les autres prisonniers et tape sur tout ce qui bouge. Conséquences de cette folie collective, cinq morts supplémentaires ». Il s’agissait du soldat de première classe Ly Mamadou Ousmane, de l’Adjudant Diop Bocar Bayal, Sall Oumar , Sall Amadou Elhadj…

Par ailleurs dans un témoignage, l’officier Kane Mansour fait des révélations fracassantes. Selon le rescapé, après avoir été soumi à des scènes de tortures atroces, ses bourreaux l’astreignent d’avouer sa participation à un coup d’Etat fantôme. Il ressort également de ces révélations que d’influents officiers ont été regroupés le 23 novembre 1990 pour être soumis à la torture afin de soutirer des aveux de leur part. Et c’est à la suite de ses traitements dégradants et inhumains que certains parmi eux ont rendu l’âme. On peut citer le Capitaine Lôme, Anne Tahirou ect… Et à l’officier rescapé de poursuivre « le lendemain, les prisonniers ont été surpris de voir la présence d’une voiture du type de Landover dans l’enceinte du camp. Et des hommes descendirent avec des cordes blanches. Ce sont ces cordes qui seront suspendus sur les coups des 28 officiers ». Selon Kane Mansour, ce fût une nuit cauchemardesque. Nous précisons que Naji Ould Bilal était le responsable de la cellule dans laquelle se trouvaient les officiers noirs pendus.

Ils voyaient leurs compagnons et camarades de cellules mourir jour après jour sous les coups de la torture instigués depuis le palais ocre de Nouakchott. En plus de la violence physique incessante, les bourreaux ajoutaient des pressions psychologiques afin de déshumaniser davantage leurs victimes. Le 10 décembre, les prisonniers, à qui on a épargné, la pendaison et les supplices de l’écartèlement par deux pickups , et les scènes de tortures nocturnes, ont été surpris par la visite du tortionnaire Ould Boleil pour leur signifier que : « Ils n’ont subi que ce qu’ils méritent, mourir comme des chiens ».

Ce sanguinaire parlait des ces braves hommes … Nous vous proposons la liste complète des noms 28 officiers pendus et une partie des autres militaires tués dans ce génocide (liste à suivre)

1 – l’Adjudant-chef Abdoulaye DJIGO
2 – 1ére classe Samba Baba NDIAYE
3 – 1ére classe Samba Oumar NDIAYE
4 – 1ére classe Ibrahima DIALLO
5 – 1ere classe Mamadou Hamadi SY
6 – Sergent Mbodj Abdel Kader SY
7 – 2éme classe Samba Demba Coulibaly
8 – 2éme classe Demba DIALLO
9 – 1ére classe Amadou Saïdou THIAM
10 – 1ére classe Mamadou Oumar SY
11 – 1ére classe Abdarahmane DIALLO
12 – 1ére classe Mamadou Ousmane LY
13 – Caporal Mamadou Demba SY
14 – Soldat Alassane Yéro SARR
15 – Caporal Amadou Mamadou BAH
16 – Sergent-chef Lam Toro CAMARA
17 – Sergent chef Souleymane Moussa BAH
18 – 2éme classe Oumar Kalidou BAH
19 – Sergent Amadou Mamadou THIAM
20 – Sergent Samba SALL
21 – 2éme classe Abdoulaye Boye DIALLO
22 – 1ére classe Cheikh Tidiane DIA
23 – 2éme classe Samba Bocar SOUMARE
24 – 1ére classe Moussa NGA??DE
25 – 1ére classe Ciradio LÔ
26 – 1ére classe Demba Oumar SY
27 – Sergent Adama Yero LY
28 – Caporal Djibril Samba BAH

Témoignage sur des camps d’extermination de Mauritaniens noirs.  

L’ENFER D’INAL. « MAURITANIE, L’HORREUR DES CAMPS », 

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Auteur : Flammauritanie

Forces de libération africaines de Mauritanie Les F.L.A.M. sont une organisation à caractère plurinational, non ethnique et non raciale qui lutte pour l’avènement d’une société égalitaire et démocratique. Elles sont une Organisation politique pacifique , ouverte, qui privilégie le dialogue et la concertation, mais se résérve le droit de recourir à la lutte armée si elle y était contrainte. Toutefois, la violence physique n’est ni le but ni le credo de l’organisation. Les F.L.A.M. ont pour objectifs, entre autres, le recouvrement par tous les Mauritaniens et singulièrement les Négro-mauritaniens, de leur dignité par l’élimination de la discrimination raciale érigée en système de gouvernement.

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