Témoignage de Ibirahiima Abu Sal sur la Mort de Jiggo Tafsiiru

Jam waali, jam weeti, jam nyalli, jam hiiri
Je vous rappelle que c’est aujourd’hui le 33ème anniversaire du décès de notre grand-frère militant,  un des précieux membres fondateurs des F.l.A.M,  Tafsiiru JIGGO. Décédé et enterré à Waalata, le mercredi 28 septembre 1988.
« Ibiraahiima, haa mi maaya, mami heddo wonnde e nder njuulu lislaam, Fuutaŋnke e F.l.A.M . Jaŋngo, so a denyii yaltude, jokku wittooji maaɗa. Eden potti anndu no feewi dartol men »(dimanche, 25 septembre 1988).
On avait sorti un groupe de prisonniers politiques dont je faisais partie pour apporter de l’eau depuis les puits situés dans une petite vallée de Waalata. Lorsque nous sommes revenus, au moment d’entrer dans le fort, nous avons entendu quelqu’un qui criait  » O maayi, o maayi ». Entre 09h et 10h.
 Nous entendions aussi Muusa Gomel BARO qui criait dans la cour et dans la salle de prison où nous étions enfermés depuis notre arrivée au fort de Waalata le vendredi 11 décembre 1987:
« Tafsiiru maayii, o maayi Jambaaro maayi ». Il était très, très, très choqué comme nombreux parmi nous.
J’ÉTAIS CHOQUÉ, CHOQUÉ,  CHOQUÉ.
TAFSIIRU JIGGO:  MON GRAND-FRÈRE ET CAMARADE COMPLICE POLITIQUE.
 A Waalata, il faisait partie d’un petit groupe de personnes qui faisaient un travail important pour me protéger des menaces de personnes qui souhaitaient ma mort; d’autres qui voulaient même donner mon nom aux reponsables de la prison. C’est ce qu’ils ont fait en septembre 1988).
« On te tue et on jette ton corps comme une pomme pourrie » ( Wul Bubakar  à Waalata et le responsable de la prison d’Ayuun el Atuurus en novembre 1988).
Pendant les moments de tensions Tafsiiru JIGGO,  Paate BAH, Abuubakri JALLO me faisaient coucher discrètement entre eux, et me faisaient couvrir de leurs draps.
Ces Informations ont été communiquées à Amnesty international et national français  et à Africa Watch. A Genève aussi. Des interlocutrices et des interlocuteurs qui étaient fortement choquées et choqués de défendre dans le monde des personnes qui avaient ce comportement inhumain vis-à-vis de leurs compagnons de prison.
Dans la publication de ma thèse (« Mauritanie du Sud. conquêtes et administration coloniales françaises. 1890-1945 » Karthala. Paris. 2007- 815 pages) je les remercie, lui Tafsiiru JIGGO , Alasan Umar BAH et mon cousin Abdul Kudduus BAH -Page 6).
Le jour du transfère des civils à  Ayuun-el-Atrouss (du 31 octobre au1er novembre 1988), pendant les préparations, je suis allé dehors, resté debout à quelques mètres de leurs tombes respectives.  « Saaŋnga maa aroy jaŋngo, min nawa on min mbirnoya on Fuuta Tooro: Kayhayɗi,  Calgu , Ɓoggee, Fimmbo (…..).Hare koo jokkata haa poolgu WAALFUUGI »
Je suis revenu au groupe dont certains, j’ai constaté,  me regardaient.  Deux d’entre eux m’ont posé la question :  « Pourquoi tu étais tourné vers les tombes ». Je suis resté dans le silence, et je ne répondis pas aux questions. C’est à Ayuun-el-Atrouss que j’ai répondu à certains  camarades de combat pour notre dignité humaine.
Retenons ce principe fondamental nationaliste : transférer un jour leurs corps  respectifs au Fuuta Tooro, dans leurs villes et villages respectifs, comme nous le ferons aussi pour tous les autres. INSTALLER LEURS CORPS RESPECTIFS DANS LA DIGNITÉ SOCIO-HUMAINE.
Le 28/09/2021
Ibiraahiima Abuu SAL
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Condoléances des FLAM à la famille de SY Abdoulaye Malikel

Le président des FLAM et tous les membres des FLAM présentent leurs condoléances les plus attristées a la famille de Abdoulaye MaIikel Sy, décédé aujourd’hui à Dakar. Il fut un homme qui a lutté toute sa vie pour la bonne cause et pour la dignité humaine en Mauritanie.  Il avait survécu à la prison mouroir de Oualata avec les détenus  FLAMistes en 1986. Le président des FLAM et tous ses militants  présentent leurs condoléances a toute la classe politique de notre pays la Mauritanie. Car sa vie fut militante, combattante jusqu’à son dernier souffle. Paix à ton âme doyen.

le 14/09/2021

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Hommage au lieutenant BA Abdoul QUDUS

 

Après de brillantes études au lycée national, sanctionnées par le baccalauréat série C, Bâ Abdoul Khoudouss entreprit au Canada des études d’ingénieur des ponts et chaussées. De retour au pays, il travaille à la SNADER (Société Nationale de Développement Rural). Pour le jeune et brillant ingénieur, soucieux de mettre ses compétences au service de son pays, une brillante carrière semblait toute tracée. Mais très vite il déchanta. L’incurie et le laxisme, auxquels l’injustice était venue s’ajouter, le révoltèrent. Il démissionne.

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l’ONU recrute un génocidaire mauritanien : lettre des FLAM au secrétaire général des nations unies

Le Président des forces de libération africaines de Mauritanie: FLAM

A

Monsieur Jean-Pierre LACROIX

      Secrétaire général des Nations Unies

Ampliation à :

Madame Michelle BACHELET, haut commissaire des Nations Unies pour les droit de l’homme,

Monsieur Mankeur NDIAYE, représentant spécial du secrétaire général des nations unies en république Centrafricaine RCA,

 

Objet : l’ONU recrute un génocidaire mauritanien

Monsieur le Secrétaire Général,

Les Forces de libération africaines de Mauritanie -F.L.A.M.- sont une organisation à caractère plurinational, non ethnique et non raciale qui lutte pour l’avènement d’une société égalitaire et démocratique.

Elles prennent en charge l’ensemble des questions qui se posent au pays, en particulier celle vitale de la discrimination raciale érigée en système de gouvernement, en ce qu’elle menace l’unité et l’existence même du pays. La finalité poursuivie demeure de construire un Etat de droit, démocratique, fondé sur l’égalité, la justice entre toutes les composantes nationales, pour l’unité et la paix entre les peuples, dans le respect des identités respectives.

A ce titre, au nom de mon mouvement et en mon nom personnel, je ne peux que soutenir le courrier ci-dessous qui dénonce le recrutement, par les Nations Unies, d’un génocidaire clairement identifié par ses victimes. Ce dernier n’échappant à la justice de son Pays, la Mauritanie, que par le vote d’une loi d’amnistie n° 93-23 du 14 juin 1993 qui absout les auteurs « d’infractions commises entre le
1er janvier 1989 et le 18 avril 1992 ». Ce qui n’est qu’un aveu de culpabilité.

«Par la présente, je souhaite attirer votre attention sur la nomination du général mauritanien Ely Zayed ould Mbarek au poste de chef de la Task Force conjointe pour Bangui (RCA).  Le Général Ely Zayed Ould M’Bareck est totalement disqualifié pour occuper ces hautes fonctions pour avoir activement participé á la campagne de tortures et d’exécutions extrajudiciaires visant á éliminer les officiers, sous-officiers et soldats noirs de l’armée nationale mauritanienne. Une campagne essentiellement motivée par la discrimination raciale et la politique de nettoyage ethnique. Au moment des faits, le General Ely Zayed Ould M’Bareck était officier de sécurité militaire á F’Derik (2ème région militaire) durant la période allant du 10 août 1990 au 30 avril 1991.

Les crimes que nous dénonçons sont fondamentalement en contradiction avec l’esprit et la lettre, aussi bien de la Charte des Nations Unies que de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Malheureusement le Général Ely Zayed Ould M’Bareck, comme tant d’autres bénéficiant de la protection de l’état mauritanien, principal responsable ici en cause n’a jamais répondu des crimes de torture qu’il a commis. Et par la loi d’amnistie n° 93-23 du 14 juin 1993  adoptée par l’Assemblée nationale inféodée au gouvernement (qui du reste n’a aucune légitimité sur le plan international), les autorités ont assuré une impunité totale aux auteurs de ces actes de torture.

 

Dans l’attente de votre retour, je vous prie d’agréer, madame, monsieur mes salutations distinguée.

Pour plus d’information, veuillez contacter :

le  Président Demba NIANG  : Email: dembadjinda@hotmail.fr

Boubou NJIM, chargé de Communications: Email: bouboundjim@hotmail.fr »

 

Nous espérons que les Nations Unies porteront une attention particulière à ce signalement.

La Mauritanie, malheureusement regorge de cas similaires qui ont fait l’objet d’une liste non exhaustive. Ces officiers supérieurs actuels ont joué un rôle macabre dans la purge de l’armée mauritanienne qui s’est déroulée pendant la période 1990-1991 et les Nations-Unies sont invités à faire des enquêtes approfondies pour ne pas recycler des génocidaires militaires mauritaniens qui n’ont pas été poursuivis par la justice de leur Pays.

Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l’expression de mes salutations les plus distinguées

 

Mamadou Sidi BA

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Hommage à Ba Alassane Oumar Par Ibirahiima Abu Sal -Historien-chercheur-rescapé de la prison de Walata

Le jeudi 26 août 1988 à 15h 05 mn est décédé le Maréchal de Logis chef de la Gendarmerie Alasan Umar Bah dans la grande salle de la prison mouroir de Wâlata où étaient parqués des FulBe et des Wolof de la mouvance nationaliste qui lutte contre l’hégémonie et le racisme des Arabes en Mauritanie.

«Laa i laaha illallaah, AlasanUmar yehiii» («Laa ilaaha illallaah , Alasan Umar est parti») a crié une voix. Tout le monde s’est précipité, certains en récitant des versets du Qoran, près du corps qui venait de rendre son dernier souffle après avoir protesté de sa dernière plainte.

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Liste des tortionnaires et criminels de l’armée mauritanienne

Cette liste fut établie en juin 1991 par des militaires libérés les 16 et 17 avril de cette même année. Ils sont les rescapés des massacres racistes organisés de novembre 1990 à Janvier 1991 par le Système ethno-fasciste de Mauritanie et son régime sanguinaire dirigé par le Colonel MAOUYA OULD SID’AHMED TAYA. Les tortionnaires concernés dans cette liste sont toujours actifs dans l’Armée Nationale, la Gendarmerie, la Garde Nationale et la Police. Seules ont changé leurs grades et les fonctions qu’ils occupaient à l’époque dans les lieux où ils ont perpétré leurs crimes.

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Spoliations foncières: les FLAM appellent à la vigilance face aux promesses et aux illusions

 

Spoliations foncières: les FLAM appellent à la vigilance face aux promesses et aux illusions.

Quelle est en définitive la position du pouvoir ethno-racial mauritanien sur la question foncière et le devenir des terres des populations négro-africaines du sud ?

Le 29 mai, un ministre du gouvernement décrétait, sentencieux, qu’il n’était plus possible de « laisser ces terres sans valorisation» et affirmait que « les populations locales n’ont pas les moyens d’en tirer tout le potentiel». Le ministre n’avait d’yeux que pour le secteur privé allant jusqu’à avouer: « on a été tenté de faire venir des investisseurs internationaux sans le consentement des populations». Il s’agissait aussi de pallier la défaillance du secteur privé mauritanien qui a « essayé de venir en appoint». On escomptait le pire. Depuis quelques jours, les autorités veulent faire croire à un changement d’approche. Le 8 juin, une délégation de représentants de l’administration et d’«experts» s’est rendue dans la région du Gorgol dans le cadre d’un programme gouvernemental portant sur les modalités d’établissement des titres de propriété foncière et sur le rôle des structures locales en la matière. Le maire de la commune de Diowol s’est fait le porte-parole des pouvoirs publics pour promettre un assouplissement et une diversification des moyens de preuve dans l’établissement des titres fonciers. L’élu a également annoncé un renforcement du rôle des associations locales qui pourraient devenir des interlocutrices des services déconcentrés de l’Etat. L’avenir nous dira ce qu’il adviendra de ces engagements. En attendant, les FLAM invitent les populations et nos concitoyens à la plus grande prudence. Il s’agit de tirer les leçons des expériences précédentes et ce, dans des domaines aussi essentiels que l’enrôlement. N’oublions pas les obstacles persistants programmés et dressés par le pouvoir et ses nervis zélés pour faire barrage à l’enrôlement de citoyens négro-africains. Qui s’en étonnera ? L’enrôlement, véritable génocide biométrique, avait précisément pour objectif de dépouiller de leur citoyenneté cette catégorie de mauritaniens. Résultat des courses, nombreux sont aujourd’hui les Négro-mauritaniens privés de papiers d’identité et tout logiquement de tous autres titres de propriété. Ces parias ne seront évidemment pas en mesure de prouver qu’ils sont détenteurs d’un quelconque titre de propriété. Les pouvoirs publics prouveraient leur bonne foi en leur permettant de recouvrer leurs droits et en 1er lieu de leur droit spolié à la citoyenneté. Les FLAM exhortent tous nos compatriotes et tous les démocrates à porter une attention particulière au sort des Négro-africains déportés et privés depuis des décennies de tout, à commencer de documents d’identification. De quels moyens de preuve pourront-ils se prévaloir pour récupérer leurs terres qui leur ont été indument arrachées ?

Nous avons une trop grande expérience du pouvoir mauritanien, de son système discriminatoire et éliminationniste pour lui faire confiance. Nous appelons en conséquence nos compatriotes à la plus grande des vigilances face à des promesses qui pourraient déboucher sur des désillusions et un cauchemar. Ainsi les FLAM mettent en garde ces populations contre les pièges qu’on leur tend dans le seul but de s’accaparer du seul bien et combien vital qui leur reste. 

Département de la communication des FLAM

Le 13/06/2021

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Mauritanie : la campagne d’accaparement des terres de la Vallée est lancée

Dans une interview accordée récemment à un hebdomadaire étranger, Monsieur Ousmane Kane, ministre des Affaires économiques et de la promotion des secteurs productifs affirme être «en train de travailler avec la Banque mondiale afin d’attirer le privé international pour investir dans l’agriculture» mauritanienne. Son diagnostic est des plus clairs : «nous ne pouvons plus laisser ces terres sans valorisation, les populations locales n’ont pas les moyens d’en tirer tout le potentiel». Sa thérapie révélée dans un audio diffusé par la radio de Dar El Barka, il y a quelques semaines, l’est moins. Son évaluation des avantages de l’investissement international occulte le fait qu’elle repose sur l’accaparement de ses terres, les dépossessions des uns qui subissent l’exclusion et les appropriations par d’autres considérés comme propriétaires exclusifs de l’espace national, de la mer, du ciel, des richesses et du pouvoir mauritaniens.

Le ministre est dans son rôle

Nul ne songera à le lui reprocher. Dans le même temps, nul ne peut méconnaître que venant de Monsieur Ousmane Kane, le propos revêt des significations politiques et même symboliques particulières. Il n’ignore rien des discriminations dont sont victimes les populations noires. Il avait fait état de ces discriminations lors de la conférence organisée par le Collectif des Cadres Mauritaniens Expatriés fin 2018. Il n’avait pas de charge politique.

Ministre technique à la compétence reconnue, Monsieur Kane est également perçu, à son corps défendant, comme une des cautions négro-africaines du gouvernement Ghazouani dont on sait à quel point il est peu soucieux de la représentation de cette communauté. Monsieur Ghazouani est en effet celui qui a poussé le plus loin l’entreprise de blanchiment tranquille et par contrecoup celle de l’effacement des Négro-africains de tous les pans du paysage mauritanien : forces armées et de sécurité, administration, magistrature, enseignement, monde médical… Les concours et les recrutements se suivent et se ressemblent dans leur implacable monotonie chromatique. Plus blanc que blanc. L’ensemble fait système. Il faut être aveugle pour ne pas le voir.

Quel rapport avec le foncier diriez-vous?

Un rapport évident : en Mauritanie, seul l’État, par le jeu de l’Ordonnance de 1983, peut accorder des concessions aux citoyens (et pour la circonstance aux investisseurs internationaux) qui en font la demande. Les concessions entre 30 000 et 100 000 ha sont soumises à une autorisation du ministre des finances. Celles de plus de 100 000 ha sont cédées par décision du conseil des ministres, auquel il siège. La déclaration du ministre ne peut se lire en ignorant l’arrière-plan qui en est le socle et le soubassement. Ceux-ci ont pour nom réforme foncière. On sait aussi comment l’Institution de Bretton Woods profite des lois floues de certains pays dans lesquels l’État, en « immatriculant » des terres faisant auparavant l’objet de droits traditionnels, droits reconnus au demeurant jusqu’au moment où il décide du contraire, pour exproprier des populations rétives à la modernité ou hostiles au pouvoir.

Associer les populations! Qu’à Dieu ne plaise, elles ne demandent que ça

Oui, Monsieur le ministre. Du moins au principe : « La mise en valeur des terres de la Vallée du fleuve Sénégal débouche sur processus gagnant-gagnant, afin d’en faire une source de croissance et d’emplois au profit d’une région que les habitants quittent».

Les investisseurs internationaux visent des objectifs commerciaux internationaux. Ils n’ont pas le souci de la satisfaction des besoins alimentaires locaux. Au Mali, une société libyenne exploite dans l’Office du Niger, à forte chimisation, motorisation et irrigation, 100 000 ha pour cultiver du riz destiné à l’exportation. En Éthiopie, 4 millions de personnes dépendent de l’aide alimentaire. Dans le même temps, l’État vend des terres à des investisseurs internationaux pour produire des produits agricoles non alimentaires. En Guinée, 100 000 ha sont affectées à une société américaine pour produire du maïs ou du soja destinés à l’exportation ou à la production d’agrocarburants. Aucun véhicule dans ce pays, ni dans nul autre pays africain, ne roule à de tels carburants. Si dans le deal qui se trame, les paysans de la Vallée, détenteurs des terres, ne retrouvent «que» des emplois, non seulement ils n’y gagnent pas (il faudra désormais travailler selon des méthodes jusque là inconnues), mais ils perdent au passage la possession de leurs terres.Une approche gagnant-gagnant ? Éminemment souhaitable. Reste à en voir la traduction réelle.

Mais aurez-vous les moyens de vos ambitions affichées? De tenir vos engagements? Vous en laissera-t-on la possibilité? Le doute est permis

Il y a tout lieu d’en douter compte tenu des précédents et des pratiques traditionnellement brutales qui ont eu cours jusqu’ici. Faut-il rappeler que la politique foncière en Mauritanie est à l’image de la politique mauritanienne? Qu’elle est basée sur un système foncièrement raciste et discriminatoire? Qu’elle a pour levier un Land Act à la mauritanienne fondé sur la confiscation des terres négro-africaines au profit d’opérateurs privés issus tous de la même communauté et appartenant à la même couleur de peau? « Le privé mauritanien» a essayé de venir en appoint » dites-vous Monsieur le ministre.

Existe-t-il réellement un «privé mauritanien»? Les rares qui disposent de la puissance financière nécessaire ont mis à l’abri leurs terres en les mettant en valeur, au grand bonheur de leurs familles. N’avons-nous pas plutôt affaire à une caste monocolore d’hommes d’affaires avides et sans scrupule portée par un pouvoir racialiste jouant les communautés les unes contre les autres? Au risque de générer de nouveaux affrontements et des pogroms alors même que les plaies des pogroms anti négro-africains restent béantes? Les événements récents de Dar El Barka, Feralla et plus généralement dans le sud du pays n’incitent pas à l’optimisme. N’eût été le courage des populations, les terres ancestrales seraient à ce jour aux mains d’affairistes sans vergogne. Ce n’est pas avec la logique mercantile de ces rapaces que les populations tireront de l’exploitation des terres «tout le potentiel » comme vous l’appelez de vos vœux monsieur le ministre.

Vous voulez faire œuvre de «pédagogie»? Dieu vous entende

Ce serait une nouveauté. «La bonne approche» réside dans une bonne gouvernance financière impliquant populations locales via leurs représentants réunis par exemple en conseils ruraux ou collectifs d’exploitants. Ou toute autre forme qu’elles auraient choisie. En tout cas, «la bonne approche» ne saurait être la gouvernance actuelle dans laquelle l’État et ses démembrements imposent toute leur puissance, les paysans opposent leur courage.

Puissiez-vous, Monsieur le ministre faire preuve de la même prudence que vos partenaires potentiels de la Banque mondiale qui, dans un communiqué du 26 février dernier, se sont engagés à prendre en considération toutes les dimensions et tous les enjeux du sujet. Oui, Monsieur le ministre une problématique foncière ne peut être perçue sous le seul angle technocratique et économique. Elle recèle des dimensions de caractère humain, identitaire, symbolique et de justice sociale. Toutes choses allègrement ignorées jusqu’ici par le pouvoir dominateur, éliminationniste et raciste de Mauritanie.

Il est encore temps de changer. L’avenir de la cohabitation paisible entre nos communautés en dépend. Refusons toutes entreprises visant à liguer les unes contre les autres et toutes spoliations injustes de nos paysans. Leurs terres, c’est leur vie, leur dignité.

Pour rappel dans son article 17 la déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans, adoptée par résolution du Conseil des droits de l’homme en septembre 2018, stipule :« Les États prendront des mesures appropriées pour veiller à la reconnaissance juridique des droits fonciers, y compris les droits fonciers coutumiers actuellement dépourvus de protection légale …. Les États protégeront les formes d’occupation légitimes et veilleront à ce que les paysans et les autres personnes travaillant dans les zones rurales ne fassent pas l’objet d’expulsions arbitraires ou illégales et à ce que leurs droits ne soient pas éteints ni bafoués de quelque autre manière ». Dès lors, les terres des déportés aussi et toute terre considérées «vacantes» faute de moyens d’exploitations ne doivent faire l’objet d’expropriations.

Boubacar Diagana et Ciré Ba – Paris, le 03/06/2021

Source Kassataya

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Mauritanie : clairement un Etat d’Apartheid sahélien Par Ciré Ba

L’actuel Chef de l’Etat, le général Mohamed Ould Ghazouani change la méthode de ses prédécesseurs. Il poursuit l’exclusion mais à bas bruits, en « douceur ». Son objectif est double : finir le travail et polir son image. On ne devrait pas laisser passer cette double peine.

La cooptation et l’entre-soi sont la règle de leur système sophistiqué.

Les recrutements et concours sont, dans les faits, remplacés par la sélection sur des bases raciale, ethnique et tribale. Toute la stratégie d’exclusion de la composante noire est conçue en fonction de cet objectif obsessionnel de « dénégrification ». Chacun à sa place et le tour est joué.

Le général Mohamed Ould Ghazouani, homme du sérail et acteur discret mais déterminé du système d’Apartheid sahélien, fut le maître d’œuvre méticuleux du blanchiment du commandement des forces armées quand il en était le chef militaire. Il y a conduit avec minutie une entreprise de gommage systématique.

Comme Chef de l’Etat, il s’est « révélé » un spécialiste des nominations et promotions monocolores. Il est, en la matière, un adepte du grand chelem. Il est désormais habituel que les vagues de nominations, de promotions des cadres ou de réussites aux concours profitent exclusivement à des personnes de la même ethnie et de la même couleur de peau. C’est le cas de cette nouvelle promotion monocolore de médecins Maures qui a bénéficié de cette cooptation depuis l’ère du général Mohamed Ould Abdel Aziz qui fut garant et bouclier du système d’exclusion.

Tous bénéficient de soutiens de la mouvance panarabiste destructrice. « Nous avons tout ce que vous n’avez pas : l’argent, les armes et le pouvoir» fanfaronnait récemment, non sans raison, un membre de cette mouvance raciste dont le pays regorge. Ceux-là ne demandent qu’à en découdre, sûrs d’avoir la force d’anéantissement de leur côté.

Cette idéologie raciste est à l’origine du génocide de l’ère du colonel Maawiya Ould Sid’Ahmed Taya qui était garant et promoteur du système d’exclusion et de Grand Effacement de la composante noire de la vallée. C’était sa mission. Une mission poursuivie et consolidée par les deux généraux présidents cités qui l’ont succédé.

 

Ciré Ba

Paris, le 23/05/2021    Source Kassataya

 

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L’interminable calvaire des déportés négro-africains de Mauritanie

 

Avril 1989-avril 2021. L’interminable calvaire des déportés négro-africains de Mauritanie.

 Trente-deux ans qu’ils végètent dans des camps de fortune après «Diawara » ! Ce 9 avril 1989, des paysans de cette localité sénégalaise, excédés par les nuisances d’animaux en provenance de Mauritanie, décident de «reconduire» le bétail en divagation de l’autre côté de la frontière. L’entreprise se solda par un  drame. Deux Sénégalais sont tués et plusieurs autres sont retenus contre leur gré pour «interrogatoire» par les autorités mauritaniennes. Voilà comment un de ces incidents, somme toute routinier entre pays frontaliers, tourna au tragique. Quels rapports avec des citoyens mauritaniens vivant paisiblement à plusieurs kilomètres de là ? A priori aucun si ce ne sont une proximité culturelle présumée et la même couleur de peau. L’incident de Diawara a surtout été le prétexte à la réalisation d’un projet gouvernemental qui n’attendait que son heure. Le caractère systématique, soigneusement planifié, la coordination, l’ampleur et la rapidité avec lesquelles les déportations de citoyens négro-africains furent menées ne laissaient place au doute. Le projet était conçu de longue date. On s’en doutait. Les faits sont désormais reconnus sans complexes par leurs maîtres d’œuvre. Ces derniers admettent ainsi l’existence d’un plan éliminationniste ciblant toute une composante du pays. Dans un article hommage à l’artisan le plus cynique des déportations, l’ancien ministre de l’intérieur Gabriel Cimper, intitulé Administrer c’est prévoir, M. Vadili Mohamed Raiss, fonctionnaire du ministère, rapporte que le ministre de sinistre réputation l’avait missionné pour rédiger un rapport avec pour objectifs « l’urgente nécessité d’actualiser la monographie des villages situés de part et d’autre du fleuve». Il était précisé que «chaque village devait faire l’objet d’une étude distincte : date d’implantation, nature des habitants, équipements collectifs, cadres ressortissants, liens avec le Sénégal ». « Dans ce rapport, étaient consignées au détail près toutes les mesures à prendre dans l’hypothèse de la fermeture des frontières » ajoute M. Raiss. Explicite !  Les déportations ont affecté toutes les catégories de la population négro-africaine, tous les statuts sociaux. Et trente-deux ans après ? En trente-deux ans, le temps, on s’en doute, a fait son œuvre. Il y a eu des naissances et des morts en déportation. Des trajectoires différentes se sont dessinées. Il reste des vies brisées à jamais.  

Ils sont encore près de 24000 à survivre dans des camps de réfugiés au Sénégal ou au Mali. Les autorités mauritaniennes qui s’étaient engagées, voilà plus de dix ans, à organiser des retours, reconnaissant par là même la responsabilité de l’Etat, ont bafoué leur promesse. Quant aux rares rapatriés, ils  n’ont pu, comme on pouvait le craindre, retrouver leurs repères et leur place au sein d’une société qui a continué à vivre sans eux voire quelquefois contre eux. C’est le cas lorsque leurs biens ont été accaparés par d’autres. N’oublions pas que les déportations ont été précédées ou ont été suivies de spoliations en tous genres. Faute d’avoir pu retrouver leur vie et leur situation d’avant déportation, les déportés ont été réduits de nouveau au statut de réfugiés mais chez eux cette fois. 

Plus de trois décennies plus tard, qu’est-ce qui a changé ? Pas assurément le sort des Négro-africains de Mauritanie. Si l’heure n’est pour le moment pas aux pogroms d’il y a trente ans, aux incarcérations dans des bagnes mouroirs, l’œuvre d’effacement de la composante négro-africaine reste plus que jamais d’actualité. Seules ses formes ont changé.

Par sa dimension symbolique et matérielle, la confiscation des terres, en cours dans la Vallée, marque une étape essentielle d’un parcours soigneusement balisé. Le projet est clair désormais : élimination ou assimilation culturelle.

Les FLAM demandent instamment aux autorités mauritaniennes de mettre en place, en collaboration avec le HCR et les organisations de défense des droits de l’homme, un plan de retour viable de tous les déportés mauritaniens vivant au Sénégal et au Mali, de leur garantir le recouvrement plein et entier de  leur citoyenneté et les conditions d’une insertion véritable dans la vie nationale.

Il est grand temps que le pouvoir  et racial en place en Mauritanie comprenne que le pays est condamné à voir cohabiter tous ses citoyens, dans le respect de leur diversité, culturelle notamment. Les politiques discriminatoires sont vouées à l’échec car elles seront fermement combattues. Ni les projets génocidaires, ni les déportations, ni les obstacles à  l’accès à la fonction publique, à l’armée, à la police, aux forces de sécurité ne viendront à bout de notre volonté d’édifier une Mauritanie réconciliée. Tel a été et tel reste l’objectif des FLAM.

Département de la communication des FLAM

Le 11/04/2021

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