États-Unis. Le racisme, vieille matrice de la société américaine

© Brian Smith / Sputnik

« Nous tenons ces vérités comme évidentes, que tous les hommes sont créés égaux, qu’ils sont dotés par leurs créateurs de certains droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la poursuite du bonheur. » C’est par ces mots que débute la déclaration d’indépendance qui proclame, en 1776, la volonté des colonies d’échapper à la tutelle de la Couronne britannique. C’est par le non-respect de ces mots que commence l’histoire des États-Unis d’Amérique en tant que pays constitué. Neuf années et un abysse philosophique séparent ces deux documents. Après l’invocation d’un principe universel, son reniement. Trahison fondatrice des États-Unis. Le racisme a, dès lors, constitué l’une des matrices de l’organisation de la société américaine.

Autopsie d’un système d’ordre aux pratiques racistes

Le projet – baptisé 1619, année d’arrivée des premiers esclaves dans une colonie américaine –, lancé en 2019 par le New York Times, autopsie ce système. On y a découvert que l’organisation des premières usines textiles dans le nord-est du pays s’inspirait de celle des plantations et que la sécurisation de ces mêmes plantations a servi de modèle lors de la création des forces de police, notamment dans les grandes villes. Dans un pays qui fut esclavagiste jusqu’en 1865, puis ségrégationniste durant le siècle suivant, la police a constitué le bras armé du contrôle social des puissants sur les populations « dangereuses » : les Noirs, qu’ils fussent esclaves ou « hommes libres ». Les morts tragiques d’Africains-Américains, de plus en plus filmées et diffusées depuis une décennie, montrent que ce « pilier » du système d’ordre a développé une autonomie d’action lui permettant de déployer ses pratiques racistes, même dans les métropoles où le chef de la police est africain-américain et où les majorités municipales sont démocrates, voire progressistes.

Un pays bâti sur des compromis entre le Sud et le Nord

À l’origine, donc, il y a le non-respect d’une « promesse », celle de la Déclaration d’indépendance. Les États du Nord, abolitionnistes de fait depuis plusieurs années, voulaient en finir avec cette pratique, contrairement à ceux du Sud, dont l’économie reposait intégralement sur la servitude. C’est donc un « compromis » qui a permis la création des États-Unis : chacun faisait ce qu’il voulait chez lui, grâce à la nature fédérale des institutions. Un deuxième compromis a, dans la foulée, été conclu, entre le Sud qui voulait inclure les esclaves dans la population recensée, base de calcul pour le nombre de circonscriptions et de grands électeurs, et le Nord, conscient du fait que cela donnerait un avantage politique aux États esclavagistes : chaque esclave serait comptabilisé lors des recensements, dont le premier eut lieu en 1791, pour « trois-cinquième d’homme. »

Des hommes, libres par Lincoln, sans droits par Jim Crow

La guerre de Sécession (1861-1865) et la proclamation d’émancipation par Abraham Lincoln mirent fin à l’esclavagisme, mais dès que les troupes nordistes se furent retirées des territoires de l’ancienne Confédération, ceux-ci mirent en place des lois de ségrégation dites Jim Crow, faisant des Noirs des « hommes libres » sans droits. Dans les grandes villes industrielles du Nord (Detroit, Chicago, New York, Milwaukee, Cleveland), où affluèrent, lors des deux grandes migrations (1910-1940, puis 1940-1970), des millions de Noirs fuyant le racisme institutionnel et recherchant des emplois, un système de ségrégation fut également mis en place : les Noirs étaient maintenus dans les mêmes quartiers par des politiques résidentielles discriminatoires (dites de redlining) qui perdurent aujourd’hui. À charge pour les polices locales de faire appliquer ce cantonnement.

Un réalignement politique où demeurent les inégalités

Le vote des lois sur les droits civiques, en 1964 et 1965, après une décennie intense de mobilisations et de mouvements, a enfin fait des Africains-Américains des citoyens à part entière. Mais certaines bonnes vieilles pratiques ont continué, prenant parfois des formes nouvelles, à partir des années 1980-1990, comme l’incarcération de masse, accompagnée d’une militarisation de la police. La législation historique paraphée par Lyndon Johnson a constitué le point de départ d’un grand réalignement politique.

Le Parti républicain a choisi, sous la houlette de Richard Nixon, d’exploiter les ressentiments et peurs des Blancs. Cette « stratégie sudiste » a facilité la migration des électeurs démocrates du Sud vers le GOP (Grand Old Party, surnom du parti républicain). En une génération, l’ancienne Confédération est passée du bleu (couleur du Parti démocrate) au rouge (couleur du Parti républicain). Le Parti démocrate, tiraillé depuis le New Deal entre son aile sudiste ségrégationniste et son pôle progressiste industriel du Nord-Est, devenait, dans ce même mouvement, la coalition des minorités (femmes, Africains-Américains, Latinos, Asiatiques). Les deux grands partis sont devenus plus homogènes sociologiquement comme idéologiquement, facilitant un mouvement de polarisation, dont l’explosion des inégalités demeure le soubassement principal. Dans ce pays divisé comme jamais, plane toujours l’ombre portée du « péché originel » de l’esclavagisme.

Christophe Deroubaix

Source: humanite.fr

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Auteur : Flammauritanie

Forces de libération africaines de Mauritanie Les F.L.A.M. sont une organisation à caractère plurinational, non ethnique et non raciale qui lutte pour l’avènement d’une société égalitaire et démocratique. Elles sont une Organisation politique pacifique , ouverte, qui privilégie le dialogue et la concertation, mais se résérve le droit de recourir à la lutte armée si elle y était contrainte. Toutefois, la violence physique n’est ni le but ni le credo de l’organisation. Les F.L.A.M. ont pour objectifs, entre autres, le recouvrement par tous les Mauritaniens et singulièrement les Négro-mauritaniens, de leur dignité par l’élimination de la discrimination raciale érigée en système de gouvernement.

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