Pour la réhabilitation de la mémoire de Baidy Kathié Pam, ce héros anticolonialiste oublié

Source: AfriqueMidi.com

 

 

 

 

 

 

 

Baydi Kathié Pam, « celui qui avait lavé l’affront : Momtunoodo yawaare).

Aujourd’hui en Afrique on célèbre ceux qui ont collaboré avec le colonisateur contre les intérêts des Africains et on efface de nos mémoires ces braves africains qui ont donné leur vie pour la défense de leur pays, de leur société contre les envahisseurs. Ils sont nombreux ces africaines et africains qui ont donné leur vie et à qui on n’a pas été du tout reconnaissant. Baydi Kathié Pam fait partie de ces héros oubliés.

10 septembre 1890 – 10 septembre 2017, voilà 127 ans que disparaissait Baydi Kathié Pam, un héros oublié ! Baydi Katié Pam était jeune homme de 24 ans et originaire du village de Giyaa près de Podor (ville située dans le nord du Sénégal à 150 kms au sud de Saint-Louis ancienne capitale de la colonie du Sénégal ( 1827-1958) et de l’Afrique Occidentale Française AFO (1895-1902). Il s’était fait remarqué particulièrement par son hostilité contre le jagodin du Lam Toro dans le canton de Guédé qui supervisait la levée d’une troupe de tirailleurs sénégalais qui devaient etre envoyés par la France dans les guerres de conquêtes comme à Madagascar, en Indochine ou au Dahomey.

Livré à l’administrateur Abel Jeandet, celui-ci le condamna à une amende de 2 bœufs et à transporter ses bagages pendant toute la durée de la campagne du Boseya. Une humiliation que Baydi Kacce Pam ne pouvait supportait. À Hayre Laaw, Baydi Kacce tua d’un coup de fusil Abel Jeandet, en présence de Boubakar Abdoul Kan (personnage très influente dans la province du Toro) et il prit la fuite. Il se réfugia à Mbanntu. Le chef de ce canton Ardo Mbanntu, Abdoul Sidi Bah, le fit arrêter et le livra à Podor. L’attitude d’Abdoul Sidi contre Baydi Kathié Pam provoqua une profonde division dans le canton, division dont les conséquences se font encore sentir de nos jours. L’ancien Lam Toro Sidiki Sall, Mamadou Yéro Sall et Boubakar Abdoul Kan furent accusés de complicité et arrêtés.

Pour faire un exemple et dissuader toute velléité de révolte, un procès fut organisé immédiatement à l’issu duquel Baydi Kathié et les deux premiers furent condamnés à mort. Baydi Kathié fut exécuté le 10 septembre 1890 sur la place publique de Podor devant tous les chefs du Toro (province du Fouta). Il se vantait d’aller au paradis pour avoir tué un « infidèle » l’administrateur en mission spécial, Aubry Lecomte, fit jeter son corps en pâture aux crocodiles du fleuve et sa tête, mise au bout d’une pique, fut exposée à la place de Podor.

Boubacar Elimane Kan fut libéré, quant à lui faute de preuve. L’administrateur de Podor par intérim Riquetty et l’interprète Abdoulaye Kan n’étaient pas convaincus de sa culpabilité. Ils lui reprochèrent d’avoir prononcé « (…) des phrases maladroites (…) à l’endroit de Jeandet que Baydi Kathié était un exalté capable de tout (…) ». Il ne fut pas déporté comme l’avait suggéré Aubry-Lecomte. On infligea aux trois chefs de villages de Guedé, de Ndioum et de Guiya et à leurs habitants une amende de 800 cents bœufs dont le paiement fut exigé dans l’immédiat.

Voilà la triste histoire de Baydi Kathié surnommé au Fouta « celui qui a lavé l’affront : momtunodo yaware), trahi par ses pairs et livré à l’administration coloniale française. Vivement alors une place Baidy Kathié Pam a Podor !

NB : Les informations sur Baidy Kathié Pam sont tirées des Archives du Sénégal (ANS) 13G 135, pièce 24, Podor le 15 septembre 1890, administrateur Aubry-Lecomte.

 

Amadou Ba Enseignant chargé de cours, Université Laurentienne Sudbury, Ontario, Canada. Diplômé en Histoire et auteur d’un livre sur les Tirailleurs Sénégalais dans la conquête et la colonisation de Madagascar 1895-1960.

 

Source : linkedin.com

 

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Auteur : Flammauritanie

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