Les Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM) Par Jean-marie BALENCIE et Arnaud DE LA GRANGE (2002) Mondes Rebelles

La mouvance radicale négro-mauritanienne,la plus connue,la plus active et la plus influente demeure, sans conteste,les FLAM. Mouvement historique de défense de la cause des Négro-mauritaniens,les FLAM ont été constituées dés le printemps 1983 en réaction à la politique de ségrégation et de « dénégrification » mise en œuvre par le pouvoir beydane.Depuis lors, les militants des FLAM ont été partie prenante de toutes les tentatives visant à modifier les rapports de force politico-ethniques dans le pays,qu´il s´agisse d´initiatives politiques et pacifiques (publications du Manifeste du Négro-mauritanien opprimé en 1986)ou d´aventures plus tortueuses (implication dans les complots d´octobre 1987 et de novembre 1990).

Recrutant au sein des communautés toucouleur, soninké et wolof,le mouvement va connaitre son heure de gloire au lendemain de la crise de 1989,qui provoque l´exil de dizaines de milliers de réfugiés dans les camps au Sénégal et au Mali.Bénéficiant de la tolérance des autorités sénégalaises,les dirigeants des FLAM comptent mettre en place sur la rive gauche du fleuve Sénégal des « sanctuaires humanitaires »,ravitaillés par les agences onusiennes,á partir desquels ils prétendent lancer une lutte armée dans le Sud de la Mauritanie.Si quelques opérations seront effectivement menées durant les années 90,le niveau de violence ne sera jamais très élevé et se confondra souvent avec des actions de contrebande ou de razzias visant á récupérer le bétail abandonné lors de l´exil de 1989(1).

Davantage que par leurs capacités militaires,très limitées,ou que par leur implantation clandestine,très réduite en Mauritanie même,les FLAM vont surtout se faire connaitre par leur bonne organisation,leur permettant de quadriller les camps de réfugiés au Sénégal,et au Mali et leur activisme dans le domaine de la communication et de la propagande,leur permettant de pratiquer une guerre de communiqués contre le régime de Nouakchott.Outre une presse dynamique (le Flambeau, L´Étincelle, Fooyre), les FLAM se sont lancées dans la cybercontestation,en disposant,dés la fin des années 90,de leur propre site.Le mouvement a su tisser des liens utiles avec le Black Caucus aux États-Unis, en instrumentalisant au bénéfice de leur cause la persistance de pratiques esclavagistes au sein de la société mauritanienne.

La fin de la décennie 90 a été marquée un déclin du mouvement dont les capacités de mobilisation et la légitimité politique ont été affectées par la baisse-quantitativement significative(prés de dizaines de milliers de retours,organisés ou spontanés entre 1996 et 1999)-du stock de réfugiés présents au Sénégal…Les FLAM seront aussi durement affectées par le revirement-observable á compter de la fin de 1998-des autorités sénégalaises á leur égard.Confronté á la relance de l´agitation en Casamance et englué dans le conflit en Guinée Bissau,Dakar va chercher à attirer les bonnes grâces de Nouakchott,suspecté d´avoir livré des

armes aux séparatistes casamançais et à la junte rebelle bissau-guinéenne.Le Sénégal va ainsi donner des gages aux mauritaniens au détriment de la mouvance radicale négro-mauritanienne, contrôle de la presse du mouvement,vives réactions à tout débordement verbal….).

Cet affaiblissement structurel va peser sur la ligne politique des FLAM,redéfinie à l´occasion du 5éme congrès du mouvement tenu au Sénégal en mars 1999.La question des réfugiés de 1989 en passe d´être réglée,les revendications vont se concentrer désormais sur l´autonomie du sud de la Mauritanie,en constatant l´échec de l´Etat unitaire passé sous la coupe des beydanes.Même si le mouvement n´a pas officiellement abandonné la lutte armée,il privilégie une solution pacifique et politique,qui passe á ses yeux par une régionalisation du pays(en s´inspirant de modèle belge,canadien ou sud-africain),une véritable réforme foncière et une revalorisation du système éducatif mauritanien……

L´ENCYCLOPEDIE DES ACTEURS,CONFLITS &VIOLENCES POLITIQUES, « MONDES REBELLES »:GUERILLAS,MILICES,GROUPES TERRORISTES.Nouvelle édition revue et augmentée.Editions Michalon.Sous la direction de JEAN-MARIE BALENCIE ET ARNAUD DE LA GRANGE.

(1)    D´autres groupuscules radicaux tenteront dés le début de la décennie 90 d´enclencher également un début de lutte armée,comme le Fruidem(front de résistance pour l´unité,l´indépendance et la démocratie en Mauritanie),le Furam(Front uni de la résistance armée mauritanienne)et le Fulam(Front unique de libération armée mauritanien,brièvement apparu vers 1995). Mais ces groupuscules vont rapidement disparaitre et laisser le monopole de la résistance aux FLAM.

MAURITANIE-MONDES REBELLES (PP648-650) NOUVELLE EDITION REVUE ET AUGMENTEE -EDITIONS MICHALON.

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Auteur : Flammauritanie

Forces de libération africaines de Mauritanie Les F.L.A.M. sont une organisation à caractère plurinational, non ethnique et non raciale qui lutte pour l’avènement d’une société égalitaire et démocratique. Elles sont une Organisation politique pacifique , ouverte, qui privilégie le dialogue et la concertation, mais se résérve le droit de recourir à la lutte armée si elle y était contrainte. Toutefois, la violence physique n’est ni le but ni le credo de l’organisation. Les F.L.A.M. ont pour objectifs, entre autres, le recouvrement par tous les Mauritaniens et singulièrement les Négro-mauritaniens, de leur dignité par l’élimination de la discrimination raciale érigée en système de gouvernement.

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