Education nationale: les différentes réformes scolaires qui ont divisé les mauritaniens

 

 

 

 

 

 

En 1979, les élèves ayant fait le cursus commençant par la 1ère ASA (année scolaire arabe) et la 1ère ASF (francophone) devaient se retrouver au bout du cursus secondaire, en classe de terminale pour un bac unifié bilingue. Ce qui devait signifier l’extinction des filières et leur intégration dans une seule filière bilingue. C’est pourquoi il fallait procéder à quelques réaménagements des coefficients notamment de l’IMCR (instruction morale, civique et religieuse).

C’est le sens de la «circulaire 02» qui fut fortement contestée par la plupart des élèves négro-africains, occasionnant des heurts qui déstabilisèrent le pouvoir militaire de Ould Haidalla fraichement installé. En attendant d’élaborer une nouvelle réforme, le comité militaire adopta une loi transitoire qui donnait naissance à deux filières, l’une dite «arabisante» et l’autre «bilingue». Les Arabes envoyèrent leurs enfants dans la première, les négro-africains dans la seconde.

Mais, chose révélatrice de l’état d’esprit de l’élite, celle-ci envoya ses enfants en masse dans les écoles privées où l’enseignement «traditionnel» continuait d’être dispensé. Ministres, hauts cadres, politiques, hommes d’affaires… contribuèrent à la naissance d’un enseignement privé qui allait être rattrapé, des années après, par la médiocrité générale du système.
En 79 toujours, le comité militaire ordonna la création d’un institut des langues nationales dont la mission était de préparer un cursus pédagogique pour permettre l’introduction de ces langues à l’école. L’objectif était d’arriver à un moment où tout élève commençait son enseignement dans sa langue maternelle (arabe, pulaar, soninké ou wolof) et à partir de la troisième année se verra imposer l’arabe puis le français. Qui sont les cadres négro-africains ou arabes qui ont accepté d’envoyer leurs enfants dans ces écoles ?

Par démission et hypocrisie, les élites tuaient l’école publique qui les avait pourtant formées. Je ne connais pas de ministre ou de haut cadre qui envoya ses enfants à l’école publique depuis cette date.
En 1982, la période transitoire devait prendre fin. Par paresse, sans doute incompétence et irresponsabilité de l’Appareil politique, on prolongea la transition, fixant un nouveau deadline pour 1989. Année symbole où personne ne pensa à l’école.

Les années se suivirent et se ressemblèrent. La préoccupation n’était plus de fonder une école efficiente, un système éducatif performent, mais de ne pas avoir de grèves. Le souci est absolument sécuritaire. Dépréciation du savoir, des compétences, la médiocrité ambiante va s’accentuant.
Pendant ce temps, deux Mauritaniens évoluaient parallèlement. Un qui fait l’arabe, fermé au français, branché sur les feuilletons égyptiens, fréquentant les centres culturels libyen, syrien, irakien… Un autre apprenant en français, dédaignant l’arabe, branché sur la culture occidentale, fréquentant plutôt le centre culturel français… Des enfants qui n’avaient pas à se parler durant toute leur scolarité. La disparition des internats aggravant cette coupure.

En 1999, Ould Taya, sur un coup de tête, ordonne une réforme qui réhabilite le bilinguisme. Ce sont les enfants ayant commencé cette réforme à la rentrée scolaire de 99 qui ont fait le bac cette année.
Une remarque mérite d’être faite avant de continuer : les résultats obtenus cette année sont sans précédent en Mauritanie alors que les élèves ayant subi ce cursus débuté en 99 n’ont jamais eu de manuels scolaires, ni de programmes préétablis, ni tous leurs enseignants, ni toutes les matières… comme quoi, nous resterons toujours «surprenants»…

On peut résumer ces trois moments de l’histoire de notre école en disant que la réforme du début des années 70 a été une réussite jusqu’à son interruption brutale en 79, pour avoir été dictée par une vision politique (indépendance culturelle) et un souci pédagogique (élaboration de programmes, concours extérieurs en enseignants…) ; celle de 1979 a été un échec sur tous les plans (politique et pédagogique) ; et celle de 1999 qui répondait à une demande (réunifier l’école) mais qui ne s’est pas donné les moyens pédagogiques nécessaires. C’est cette réforme qu’il va falloir revisiter aujourd’hui.

 

Mohamed Fall Oumeir

 

 

 

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