Si j’étais Ibrahima Sarr, si j’étais Samba Thiam, par Tijane BAL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Que l’on m’autorise deux précisions préalables avec l’espoir de lever toutes équivoques éventuelles.  La première est que ces lignes sont un simple  billet d’humeur. Merci aux  lecteurs (éventuels) de  ne les lire qu’à cette aune. La seconde est que seul le souci de l’ordre alphabétique  explique qu’Ibrahima Sarr soit systématiquement cité  en premier tout au long de ce texte. Il ne faut y voir aucun parti pris. Ni aucune prévention à l’égard des Thiam en général.  

Vous représentez deux figures importantes de la communauté négro-mauritanienne. Votre rapprochement ne constitue donc pas un événement anodin. Certains considéreront que ce rapprochement vient à son heure. D’autres attendront de voir. Les uns et les autres ne manqueront pas de se demander ce qui a rendu possible aujourd’hui ce qui ne l’a  pas été si longtemps.

La déclaration du 12 juillet représente assurément un tournant. Le mot « réconciliation » en est d’ailleurs absent. Célébrant des « retrouvailles de la famille nationaliste négro-africaine », Monsieur Abou Hamidou Sy lui a préféré un vocable plus neutre. Il est vrai que la notion de « réconciliation » suppose une rupture préalable alors que celle de  retrouvailles laisse plus de place à l’interprétation. Des esprits critiques pourraient faire observer que « la famille » n’est pas au complet. L’un de ses membres, et non des moindres-les FLAM pour ne pas les nommer- ne semble pas avoir été approché par les « médiations de bonnes volontés » évoquées dans la déclaration. Du coup, on ne peut que constater un vide sur la photo de famille.

Le 15 mai dernier, vous déclariez, Samba Thiam, qu’entre votre organisation, les FPC, et les FLAM, « la rupture est totale ». La formule pourrait être jugée abrupte. Il vous est également arrivé de flétrir ceux que vous appelez les « dissidents » et de proclamer la péremption des FLAM dans la foulée de votre repositionnement. Votre évolution n’a rien d’absurde. Pour autant, n’était-il pas plus démocratique de prendre acte des différences d’approches dans le respect du pluralisme ? De vous à moi, rediriez-vous la même chose? Vous savez mieux que personne  qu’en politique, le « définitif » peut, à l’usage, s’avérer n’être que provisoire. L’actualité qui a inspiré ces lignes, en est une illustration.

Passons. L’heure est pour l’instant aux retrouvailles. Apparaitront plus tard des questions banales du genre : que ne l’ont-ils fait plus tôt ? D’où vient la bouderie ?

Il n’est jamais plaisant ni aisé de revenir sur les raisons d’un différend. Surtout au moment où on le solde en se réconciliant.

Mais ce pourrait être une démarche salutaire. La déclaration du 12 juillet actant votre réconciliation fait état « de simples divergences stratégiques » pour expliquer les désaccords passés. Si les motifs de la discorde ne sont en effet pas rédhibitoires, ils pourront être exposés d’autant plus facilement sans risques de réveiller des rancunes.

Votre mésentente a pu surprendre tant vous aviez des choses en partage: un engagement commun, le combat politique qui en découle, hélàs la prison et ses affres. Tous ces facteurs auraient pu  vous rapprocher.

Il est vrai qu’on pourrait aussi, à l’inverse, considérer que des épreuves aussi traumatisantes que  la prison, la promiscuité,  la torture, et la déshumanisation qui vont de pair ne sont pas les meilleurs vecteurs d’entente et d’harmonie. Les témoignages de rescapés ayant partagé votre sort ont livré une tragique réalité, propre à altérer les esprits, pervertir les comportements individuels et collectifs et ruiner toute sociabilité. Il n’est donc pas étonnant que le calvaire de l’enfermement ait pu laisser des séquelles et corroder les relations les plus solides. Cette triste réalité est à porter à votre décharge.

Votre réconciliation est, de ce point de vue, la preuve qu’il est possible, malgré tout, de réparer  les fractures que l’action politique et ses conséquences, voulues ou subies, génèrent quelquefois. Elle incite à une forme d’optimisme. Nul doute toutefois que l’optimisme du moment cèdera le pas très vite à des questionnements : « Et maintenant » ? « Et après » ?

Après ? Il conviendra de pointer les changements à venir, de les rendre visibles d’en dessiner les contours et d’en imprimer le rythme sachant que pour être prometteuses, les avancées devront être structurelles et pas seulement individuelles. On touche très vite aux limites de l’interpersonnel. Restaurer, s’il y a lieu, de bonnes  relations personnelles est nécessaire. Pas suffisant. Nécessaire car il arrive que les désaccords sur les principes dérivent en inimitiés personnelles. Pas suffisant car acteurs du processus en cours, vous gagnerez à (dé)montrer que ce qui se joue dépasse vos personnes et a vocation à s’inscrire dans un projet collectif. Les difficultés ne devraient pas être insurmontables. Vous pourrez faire valoir, avec des chances de convaincre, que tout bien considéré, vos retrouvailles sont plus conformes à l’ordre des choses que certains attelages récents.

Vos trajectoires personnelles, vos prises de position antérieures (et actuelles) pourraient facilement venir à votre rescousse et témoigner d’une communauté de vues sur l’essentiel.

Cela étant, il est à craindre que la bonne volonté ne suffise pas à faire oublier le contexte de vos retrouvailles. La période préélectorale que vit le pays est propice au soupçon. Il est donc vraisemblable que votre réconciliation soit  jugée suspecte à la lumière des circonstances. Il vous appartient de la déconnecter des contingences du moment et de l’inscrire dans la durée.

Par ailleurs, vous concéderez que vos situations politiques respectives sont, pour le moins, différentes. La vôtre, Ibrahima Sarr, semble a priori plus confortable. Vous êtes à la tête d’une formation politique reconnue, présente dans l’espace public et représentée à l’assemblée nationale. Le parti de Samba Thiam est, quant à lui, en quête d’une reconnaissance qui, semble-t-il, peine à intervenir.

A cet égard, Samba Thiam, comment expliquez-vous la persistance de vos difficultés à faire reconnaitre votre formation alors qu’à l’origine, les choses semblaient si bien engagées ? Pour reprendre une expression triviale : il est où le problème ?

Sans que ceci explique cela, aviez-vous seulement intégré à votre démarche le fait que l’espace politique que vous entendiez investir, au regard de votre credo, pouvait être occupé ? Par Ibrahima Sarr précisément.

Quant à vous Ibrahima Sarr, loin d’être une critique, il relève du simple constat que vous êtes perçu comme un homme du sérail, pas totalement extérieur au champ institutionnel, ni même en marge. Vous êtes, à ce titre, en situation d’apporter à Samba Thiam une certaine visibilité institutionnelle dont la non reconnaissance prive son parti. A titre d’illustration, réserver à celui-ci une place de choix sur vos listes, dans la perspective des scrutins à venir, serait un geste politiquement fort. A supposer que les FPC le souhaitent bien évidemment.

Samba Thiam,si, dans l’hypothèse où vous envisageriez de prendre part aux élections, votre parti devait passer le cap des candidatures, arrivera le temps des programmes. Sur ce sujet, les «recommandations » faites à Monsieur Birame Ould Abeid dans un précédent « Si j’étais Birame » vaudraient mutatis mutandis pour vous-même comme pour Ibrahima Sarr. Un programme monothématique, axé par exemple sur la seule question négro-africaine, comporterait le risque d’installer ou de conforter l’idée d’une alliance raciale et/ou communautaire autour d’un credo racial et/ou communautaire ou à dominante raciale et/ou communautaire. Ce qui, bien entendu, ne signifie pas que cette dimension devrait en être absente.

Pour le reste, l’histoire et l’actualité regorgent de duos de « frères ennemis » : le Zoulou Buthelezi et le Xhosa Mandela, le Shona Mugabe et le Ndebelé Nkomo, le Berbère Ait Ahmed et l’Arabe Ben Bella, le Nuer Riek Machar et le Dinka Salva Kir, les Palestiniens Mahmoud Abbas et Ismael Haniyé……Et la liste aurait pu être bien plus longue.

Vous avez eu le courage de dire vos divergences,  de cerner l’«essentiel des contentieux et des malentendus » qui vous ont éloigné les uns des autres, « vos stratégies différentes », des « options » dont  vous reconnaissez que certaines furent «  parfois antinomiques »

Il vous appartient à présent d’éviter ce que vous avez appelé les « surenchères contre productives » et ce qu’un analyste a nommé les « dispersions fatales ». C’est à ces conditions que vous parviendrez à consolider la « dynamique de réconciliation et de partenariat » que vous avez amorcée afin de répondre « aux vœux d’unité de votre base ».

De quoi l’avenir de vos retrouvailles sera-t-il fait ? Seul l’avenir le dira. Incha Allah.

Tijane Bal

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Auteur : Flammauritanie

Forces de libération africaines de Mauritanie Les F.L.A.M. sont une organisation à caractère plurinational, non ethnique et non raciale qui lutte pour l’avènement d’une société égalitaire et démocratique. Elles sont une Organisation politique pacifique , ouverte, qui privilégie le dialogue et la concertation, mais se résérve le droit de recourir à la lutte armée si elle y était contrainte. Toutefois, la violence physique n’est ni le but ni le credo de l’organisation. Les F.L.A.M. ont pour objectifs, entre autres, le recouvrement par tous les Mauritaniens et singulièrement les Négro-mauritaniens, de leur dignité par l’élimination de la discrimination raciale érigée en système de gouvernement.

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