Les réfugiés oubliés de Mauritanie. Fuyant les violences ethniques, ils avaient rejoint le Sénégal en 1989

 

 

 

 

 

 

Depuis neuf ans maintenant, sur les rives du fleuve Sénégal, des milliers de réfugiés venus de Mauritanie désespèrent de revoir leur pays, où les communautés arabo-berbères et négro-africaines coexistent dans un climat d’apartheid latent. Lorsque des heurts éclatent à Nouakchott et Nouadhibou en 1989, 80 000 Noirs fuient la répression du régime du colonel Ould Taya vers le Sénégal. Privés de leurs papiers d’identité et Dakar refusant de leur reconnaître le statut de réfugiés, ils sont devenus des apatrides. Leurs représentants se sont rassemblés la semaine dernière pour commenter le rapport de la dernière commission mixte franco-mauritanienne qui s’est réunie en juin et à laquelle ils étaient invités à participer. Un constat d’échec alors que beaucoup n’ont pas compris le silence de la France.

«Déportés mauritaniens». Mamadou Bocar Ba, un responsable de l’Association des Mauritaniens réfugiés au Sénégal, s’étonne que «dans un rapport qui aborde notamment la réforme de la justice, il ne soit pas question un instant des droits de l’homme». «Alors que nous avions demandé dans notre document préparatoire que la question des réfugiés soit abordée, il n’est nulle part fait allusion au sort des déportés mauritaniens dans le rapport final», déplore Louis de Crisenoy, président d’une association de défense des réfugiés. «On nous a juste dit d’écrire au ministre», soupire-t-il.

Un des représentants du ministère de la Coopération, Gilles Lainé, a expliqué à Libération la raison de ce silence: «La commission mixte est une commission technique qui vise à renforcer le dialogue et la coopération entre nos deux pays. Ce n’est donc pas le lieu pour traiter ce sujet. Mais, depuis 1989, la France a joué un grand rôle au côté du HCR pour que l’on n’assiste pas à une « palestinisation des réfugiés mauritaniens. Et aujourd’hui, il ne reste plus que 30 000 expatriés au Sénégal.»

Aide aux réfugiés. Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), également critiqué par les associations, négocie actuellement avec les gouvernements mauritanien et sénégalais. Le programme d’aide aux réfugiés prendra fin le 31 décembre mais il n’est pas question pour le HCR «d’abandonner» les expatriés. «Nous pensons que la population peut retourner sans crainte en Mauritanie, mais seule une minorité des réfugiés est prête à franchir le fleuve. Nous continuerons quoi qu’il advienne à apporter notre aide, notamment à Nouakchott, pour garantir une bonne réinsertion des réfugiés», déclare Corine Perthuis, au siège parisien du HCR. Relents d’apartheid. Une réinsertion à laquelle ne croit pas Amara Camara, représentant en France du parti mauritanien d’opposition Action pour le changement: «Quand bien même tous les déportés rentreraient, le racisme reste brûlant en Mauritanie. A quoi cela servirait-il s’ils ne retrouvent pas leur identité et leurs biens, s’ils sont persécutés par la communauté maure?» Une inquiétude qui ne saurait faire oublier que la communauté internationale, France en tête, ne pourra pas gommer d’un geste les relents d’apartheid qui gangrènent la société mauritanienne depuis des siècles.

Fabrice ANGOTTI

Source : liberation.fr

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Auteur : Flammauritanie

Forces de libération africaines de Mauritanie Les F.L.A.M. sont une organisation à caractère plurinational, non ethnique et non raciale qui lutte pour l’avènement d’une société égalitaire et démocratique. Elles sont une Organisation politique pacifique , ouverte, qui privilégie le dialogue et la concertation, mais se résérve le droit de recourir à la lutte armée si elle y était contrainte. Toutefois, la violence physique n’est ni le but ni le credo de l’organisation. Les F.L.A.M. ont pour objectifs, entre autres, le recouvrement par tous les Mauritaniens et singulièrement les Négro-mauritaniens, de leur dignité par l’élimination de la discrimination raciale érigée en système de gouvernement.

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