Racisme dans l’éducation: la langue arabe, révélatrice de tensions

 

 

 

 

 

 

 

« Les langues nationales font obstacle à l’émergence de la langue arabe  »

Cissé Mint Boide

ministre de la culture et de la jeunesse

« La langue arabe doit servir d’instrument d’échange et de travail au sein de l’administration mauritanienne. »

Moulaye Ould Mohamed Laghdaf

premier ministre mauritanien

La tension est palpable depuis le mois de mars, sur le campus de l’université de Nouakchott, capitale de la Mauritanie. La volonté d’arabisation de l’enseignement a suscité la colère des étudiants négro-mauritaniens et réveillé des tensions inscrites dans l’histoire du pays depuis des générations.

L’équilibre fragile entre les communautés linguistiques arabo-berbère et négro-mauritanienne a été brisé en quelques mots. Ceux prononcés, le 1er mars, par le premier ministre mauritanien Moulaye Ould Mohamed Laghdaf et la ministre de la culture et de la jeunesse Cissé Mint Boide stipulant que la langue arabe doit servir d’instrument d’échange et de travail au sein de l’administration mauritanienne.

« Les langues nationales font obstacle à l’émergence de la langue arabe », avait déclaré Cissé Mint Boide . Des propos jugés inadmissibles par les Négro-Mauritaniens.

Car le terme « arabisation » renvoie à l’introduction de la langue arabe et sa généralisation principalement dans l’enseignement. Les enjeux se situent essentiellement dans l’enseignement fondamental et secondaire car l’enseignement supérieur est peu développé en Mauritanie. En deuxième lieu, si l’Arabe s’impose comme principale langue d’enseignement cela peut entraîner une élévation du niveau exigé de la langue arabe aux concours administratifs et pénaliser les « négro-mauritaniens ».
Pendant la colonisation, les populations les plus scolarisées étaient aussi les plus sédentaires, c’est-à-dire celles qui vivaient dans la région du fleuve Sénégal. Il s’agissait donc essentiellement d’une population africaine. A l’indépendance, un certain nombre de ces jeunes négro-mauritaniens ayant été scolarisés, ont obtenu des postes importants dans l’administration. Cela paraissait normal, à leurs yeux, étant donné que le pouvoir politique était aux mains des Arabo-berbères. Ce n’était que justice et compensation selon eux.

Ensuite, vers les années 1965, 1966, il y a eu une première réforme de l’enseignement édictée par le président Mokthar Ould Daddah. Cette réforme visait à introduire plus de langue arabe dans le système d’enseignement car, selon lui, les arabophones étaient défavorisés par ce système d’enseignement essentiellement francophone. La population africaine de Mauritanie s’est sentie visée par cette réforme qui est, selon elle, un moyen de les marginaliser et va gêner l’accès aux hauts postes administratifs.
Cette question est par la suite devenue un véritable sujet politique concernant l’équilibre entre les Arabo-berbères et  les Négro-mauritaniens dans les années 90, le président Ould Taya continue ses réformes et introduit encore plus de langue arabe dans le système d’enseignement. Mais la Mauritanie ne disposait pas de suffisamment d’enseignants arabophones qualifiés. Cette réforme à visée politique a donc posé de gros problèmes. Une part des néo-enseignants recruté à la hâte et sans formation parlaient certes l’arabe mais étaient incapables d’enseigner certaines disciplines.
Il y a même une expression qui est née à cette époque qui prouve l’humour des Mauritaniens, qui dit que ces réformes de l’enseignement ont donné « une génération d’analphabètes en deux langues » !

Quand le premier ministre a ré ouvert cette question en disant qu’il faut enseigner les disciplines scientifiques en arabe également, cela a fait appel à tout ce passé complexe, au fragile équilibre entre les deux communautés. Ce n’est pas un hasard s’il y a eu des manifestations sur le campus de l’université de Nouakchott.

Le fait que les étudiants aient été sensibilisés, car ce discours du premier ministre est une preuve de plus  de ce qu’ils ressentent cruellement comme une marginalisation, comme s’ils étaient des « citoyens de seconde zone ». Le plus inquiétant est que le premier ministre, loin de regretter ses propos, les a plutôt assumés après la fameuse déclaration.

Lors de cette fameuse conférence de presse, il a même refusé de répondre à des questions qui lui avaient été posées en français, alors qu’il est Docteur de l’Université libre de Bruxelles, c’est à dire lui-même parfaitement francophone et il savait également comment cette déclaration et cette attitude allaient être interprétées.

Les malencontreuses sorties de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf et de sa ministre de la culture, non seulement sur la généralisation de l’arabe, mais aussi  , sur l’arabité de la Mauritanie , au moment où nous parlons de réconciliation nationale, ne sont pas de simples déclarations d’intention , mais un objectif sciemment prémédité.
Si tel n’était le cas, le PM et la ministre de la culture auraient été démis de leurs fonctions. Le silence du  Président de la République, face à l’impérialisme ethniciste aux relents épuratoires que dégagent ces déclarations, confirme bien la complicité de l’Etat qui, par ailleurs est encore plus évidente à travers l’extrait suivant de la déclaration du PM :

« Aujourd’hui, et conformément aux orientations du Président de la République, nous allons faire de la promotion de la langue arabe et de sa défense, un principe ; de son appui et de sa généralisation comme langue de travail , d’échanges administratifs et de recherches scientifiques, un objectif. » Fin de citation.
La communauté négro- mauritanienne ne rejette pas l’arabe en soi ; déjà au 11ème siècle de l’ère chrétienne, elle embrassa l’apprentissage de cette langue dans le royaume du GHANA bien avant les Almoravides. Elle n’est pas l’ennemie de l’arabe ; Moulaye   Ould  Mohamed  Laghdaf et sa ministre de la culture en sont les premiers ennemis; car ils en usent comme moyen d’oppression, dépréciant ainsi sa beauté et son attractivité et créant le dégoût et le rejet à son égard.
La communauté négro- mauritanienne rejette plutôt la manière dont on veut l’imposer comme langue unique de travail et d’échanges administratifs ; ce qui ferait d’elle, un facteur, non pas d’unité et de cohésion sociale, mais de dégénérescence de notre merveilleuse diversité culturelle , en haines et en antagonismes, dans un nœud qui serait difficile à défaire par la suite , de deux communautés qui entreraient en perpétuels conflits ; diversité culturelle pour la juste appréciation de laquelle , trouver un moyen consensuel et harmonisé devrait être aujourd’hui , le souci majeur de Moulaye   Ould  Mohamed  Laghdaf et de sa ministre de la culture .
Il existe dans la déclaration de Moulaye   Ould  Mohamed  Laghdaf et dans celle de sa ministre de la culture, deux points de friction et un problème subsidiaire :
– les desseins hégémoniques et d’exclusion de nos cadres francophones qui se retrouveraient en chômage ou qui se seraient convertis en de piètres employés de bureau.
– La limite scientifique de l’arabe dans le sens de la recherche et de l’invention, n’échappe à personne. Tous les pays arabes, dans les domaines de la recherche et de l’invention scientifiques, utilisent le français ou l’anglais, et également comme langues de communication.
– combien de cadres négro-mauritaniens arabophones, occupent aujourd’hui dans le pays de hautes responsabilités administratives ou politiques ? Cadres pourtant sortis de grandes écoles arabes et faisant preuve de compétences et d’expériences au terme de leurs études soutenues ; la plupart d’entre eux sont dans le chômage ; d’autres, s’ils arrivent à trouver du travail, sont chapeautés par ceux-là qui n’ont fréquenté que les Mahadras.
Le moment est loin d’être opportun pour parler de la généralisation de l’arabe et de l’arabité comme identité culturelle de la Mauritanie. Ce qui urge aujourd’hui, c’est de s’attaquer sans tarder aux problèmes cruciaux auxquels le pays est confronté ; à savoir le racisme, l’esclavage, la discrimination, l’exclusion et j’en passe.

Aujourd’hui la fièvre nationaliste envahit la Mauritanie comme cela n’a jamais été  dans les années  1966, 1970 en parlant de l’arabité du pays, ignorant ainsi la communauté noire dans toutes ses composantes. Fièvre nationaliste importée de certains pays arabes dont les intentions affichées à l’égard des négro-mauritaniens sont connues et qui sont à l’origine du déclenchement des atrocités dont les noirs ont tant souffert.

Ce nationalisme étroit, brise aujourd’hui toute possibilité de coopération entre les communautés et l’espoir d’unité nationale, en brandissant l’arabe qui, au lieu d’être un facteur de rassemblement, est un instrument de marginalisation des noirs , non seulement dans l’administration, mais aussi dans la vie quotidienne .Il s’ y ajoute l’inégale répartition des responsabilités entre les cadres du pays ; en effet , sur quatorze Directeurs Régionaux de l’éducation nationale décrétés , seuls trois sont issus de la communauté noire toutes composantes confondues ( halpulaars , haratines soninkés , wolofs ) .

En voulant imposer l’arabe de cette manière, c’est-à-dire en criant à longueur de journée, que la Mauritanie est arabe, on pousse les communautés à s’ériger en chiens de faïence, sinon à s’entredéchirer et à exhumer d’anciennes querelles historiques. Le nationalisme, depuis la déclaration de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, a pris une nouvelle dimension, celle de l’ethnocentrisme et du tribalisme. J’avais toujours été attaché à une tribu, à une région, à une ethnie, à un clan ;car, telle était la vie politique qui baignait dans le nationalisme étroit , dont le seul et unique but était d’écarter toute une communauté  des postes de commande dans tous les secteurs, par l’arabisation que je qualifierais par euphémisme, d’outrance; vie politique qui ne baignait pas moins dans le régionalisme et le népotisme que dans ce nationalisme étroit.

Ce regain de nationalisme, au-delà de sa toile de fond opprimante, présente un côté positif de mettre en branle toute la communauté noire dans des campagnes destinées à faire connaître l’histoire authentique de la Mauritanie.

L’ethnocentrisme des manuels scolaires, les images et les tables rondes à la télévision, les mesures individuelles prises lors des conseils des ministres, justifient ces faits et en disent beaucoup. Aujourd’hui, nul n’ignore qu’une seule communauté contrôle la production du savoir et quel savoir ?  Un savoir à caractère communo-centriste c’est-à-dire d’un canon reflétant la culture hégémonique.

L’arabe, perçu comme de l’impérialisme culturel, destiné à vilipender les traditions non arabes et à marquer le négro-mauritanien au sceau de l’arabité, ne peut être que rejeté. Cette arabisation  des négro-mauritaniens ne pourra réussir que lorsqu’on les aura reconnus comme des citoyens non de seconde zone mais à part entière, et qu’on leur aura permis d’affirmer leur orgueil racial et culturel ; argument compréhensible tout au moins d’un point de vue psychologique. Le négro-maurritanien musulman  ne peut pas refuser catégoriquement la langue arabe pour au moins trois raisons : Mohamed ( PSL) est arabe ; le coran est écrit en arabe ; la langue parlée au paradis est l’arabe. Qu’un groupe ait envie de se rassembler, on peut le comprendre. Mais pratiquer un séparatisme institutionnalisé, ne peut que cristalliser les différences raciales et exacerber les tensions.

Entre le refus de la soumission humiliante voire dégradante des négro-mauritaniens, face à l’imposition de la langue arabe, et le rejet de la confrontation frontale , violente et destructrice entre communautés, une volonté politique  de la part des autorités  et de tous ceux pour qui, l’unité nationale constitue un souci majeur , ne manque pas pour initier  avec minutie et discernement, une voie intermédiaire ; une politique de trait d’union entre les négro-mauritaniens et les mauri-berbères, en exploitant les atouts stratégiques de part et d’autre , la double appartenance afro-arabe du pays , sa double culture ( l’arabe et le français ) on ne peut plus réelle et ses richesses naturelles sans doute importantes ; voie intermédiaire, fruit du génie politique et du calcul juste des autorités, des partis politiques, de la société civile de notre pays.

Le salut de ce pays viendra de l’abolition de l’emprise blanche raciste et ethnocentriste, non seulement sur le programme des études, mais aussi de l’établissement d’un système    d’enseignement qui réponde à toutes les communautés sans distinction aucune.

Il est bien beau de réformer ; mais les motivations qui se cachent derrière ces réformes vont parfois bien au-delà du simple désir de présenter une version réelle d’une réforme. L’usage du Français, condamne aujourd’hui tout  celui qui le parle. Et comme 99%  des cadres négro-mauritaniens parlent cette langue, ce sont eux qui sont visés à travers les réformes.  Avec de telles idées saugrenues, la faillite de la République est bien envisageable .Tout le monde s’inquiète de la situation lamentable de notre système éducatif ; tout le monde cherche à trouver des remèdes. Revoir les programmes dans le sens de l’unité nationale, apaise les négro-mauritaniens et soulage de sentiment de culpabilité la communauté arabo-berbère. Mais, lorsqu’un groupe ethnique réclame le droit d’approuver tout ce qui est enseigné, on passe du pluralisme culturel  à l’ethnocentrisme. Le règne du système blanc a assez duré (50ans) ; il est la source du racisme, de l’exclusion, pire, d’épuration ethnique dont a trop souffert la communauté noire.

Les baathistes et les nasséristes, doivent savoir que dans une société ethniquement diversifiée  le pluralisme culturel est plus que nécessaire : donner à l’arabe la place qu’il mérite , mais aussi nous ouvrir aux apports féconds de l’extérieur en apprenant le français.

La  Mauritanie a une double culture : l’arabe et le français. Vouloir arabiser à 100% l’administration, le système éducatif et même la vie quotidienne, c’est intentionnellement chercher  à marginaliser les cadres francophones. Et je suis persuadé que ces cadres ne se laisseront pas faire ; mourir en défendant leurs droits  ou se laisser humilier en acceptant d’être marginalisés. Entre le malheur (mourir en défendant leurs droits) et le désastre (se laisser humilier en acceptant d’être marginalisés), ils choisiront le malheur.

Le culte de l’ethnicité en général et la campagne nationaliste et baathiste en particulier, n’augurent rien de bon pour l’éducation des nouvelles générations et pour l’avenir de notre République.

Ce regain de nationalisme, au-delà de sa toile de fond opprimante, présente un côté positif de mettre en branle toute la communauté noire dans des campagnes destinées à faire connaître l’histoire authentique de la Mauritanie.

Tous les procédés sont utilisés depuis 1966 pour liquider les négro-mauritaniens, car comme disait l’autre, pour liquider les peuples, on commence par leur enlever la mémoire ; on détruit leurs livres, leur culture, leur histoire. Il faut donc repenser l’ histoire de la Mauritanie ;  pour  laisser des arguments historiques  écrits , reflétant notre réelle identité ,  aux générations futures ; car comme dit un adage : l’histoire se fait avec des documents .Que des recherches soient menées partout  et à tous les niveaux en faisant référence aux anciens écrits existant dans les grands foyers de recherches comme IFAN à Dakar, Tombouctou, Djenné et d’autres à travers le monde.

L’ethnocentrisme des manuels scolaires, les images et les tables rondes à la télévision, les mesures individuelles prises lors des conseils des ministres, justifient ces faits et en disent beaucoup. Aujourd’hui, nul n’ignore qu’une seule communauté contrôle la production du savoir et quel savoir ?  Un savoir à caractère communo-centriste c’est-à-dire d’un canon reflétant la culture hégémonique.

De 1960 à nos jours, nous ne cessons  d’assister et passivement hélas ! à des mises en place des politiques hier inavouées, aujourd’hui flagrantes, d’exclusion des négro-mauritaniens par chaque régime qui arrive au pouvoir.

Les décisions et mesures discriminatoires sur tous les plans et dans tous les domaines , sont tellement criardes et humiliantes que nous en sommes complices par notre silence qui s’éternise et notre léthargie inquiétante qui va crescendo face à cet océan épuratoire qui se rétrécit autour des négro-mauritaniens de jour en jour ; le danger est tel que je ne puis m’empêcher de tirer la sonnette d’alarme : les négro-mauritaniens se laissent pitoyablement  et honteusement engloutir par les vagues du racisme le plus ignoble qui a pour noms : Baathisme, Nassérisme et Nationalisme arabe étriqué sous le souffle nouveau de Damas  et de Téhéran aujourd’hui ,  comme de Baghdad et Le Caire hier. Les nominations et les mesures individuelles à l’issue de chaque conseil des ministres en disent long dans ce sens. Le spectre du Soudan plane sur notre pays comme l’épée de Damoclès.

Source: ngoralguidalla.unblog.fr

septembre 2011

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Auteur : Flammauritanie

Forces de libération africaines de Mauritanie Les F.L.A.M. sont une organisation à caractère plurinational, non ethnique et non raciale qui lutte pour l’avènement d’une société égalitaire et démocratique. Elles sont une Organisation politique pacifique , ouverte, qui privilégie le dialogue et la concertation, mais se résérve le droit de recourir à la lutte armée si elle y était contrainte. Toutefois, la violence physique n’est ni le but ni le credo de l’organisation. Les F.L.A.M. ont pour objectifs, entre autres, le recouvrement par tous les Mauritaniens et singulièrement les Négro-mauritaniens, de leur dignité par l’élimination de la discrimination raciale érigée en système de gouvernement.

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